Les mesures agronomiques ont fait leurs preuves pour un désherbage rentable et durable

Le désherbage se réfléchit à l’échelle de la rotation et non sur une année. C’est ce que démontre la plateforme Herbinnov de Cravant (45), dans le Loiret. L’accent est mis sur l’intérêt des leviers agronomiques pour un désherbage durable. Labour, introduction d’une culture de printemps dans la rotation, décalage de la date de semis apportent de très bons résultats sur une population de vulpins difficiles. Ils peuvent, dans certains cas, être suffisants. Les programmes herbicides complètent ces mesures pour obtenir 100 % d’efficacité.

Tracteur pulvérisant un traitement herbicide d'automne sur une parcelle de blé
90 €/ha gain net
de plus grâce à la herse étrille au lieu d'un passage herbicide en sortie d'hiver

La plateforme de désherbage Herbinnov Centre accueille deux programmes de rotation. L’un est classique pour la région, choisi avec une succession colza, blé, orge. L’autre introduit des cultures de printemps : maïs, betteraves, orge de printemps. En parallèle de l’allongement de la rotation, d’autres mesures agronomiques ont été évaluées : le labour tous les 4 ans, le faux semis, le décalage de la date de semis, le désherbage mécanique. Elles sont complétées par un désherbage chimique en automne puis sortie d’hiver.

Pour Véronique Galvan, animatrice commerciale, il ne fait aucun doute que les agriculteurs connaissent l’intérêt des différents leviers agronomiques. La difficulté réside plus dans le choix qu’ils doivent faire parmi ces leviers pour que ces derniers soient bien adaptés à la problématique de leur parcelle et de son objectif économique. « Dans tous les cas, la bonne nouvelle est qu’avec l’agronomie, une baisse conséquente du niveau d’infestation est tout à fait possible, explique-t-elle. Le labour, le décalage de la date de semis et l’introduction de cultures qui cassent le cycle des adventices des adventices froment le trio agronomique le plus efficace

L'essentiel à retenir :

Sur Herbinnov Centre, parcelle dont la problématique de désherbage avait commencé à être gérée en 2018 (labour, date de semis, stratégie de désherbage), un décalage de la date de semis du blé suivi d’un programme de désherbage Fosburi® + chlortoluron a permis de ne pas réaliser de rattrapage en sortie d’hiver et d’obtenir un gain net de 20 €/ha. Par ailleurs, un point d’IFT (Indice de Fréquence de Traitement) est aussi gagné avec une application de Fosburi® + chlortoluron suivi d’un passage d’herse étrille en février à la place du désherbage de sortie d’hiver. Il laisse un niveau quasi acceptable d’infestation avec 4 vulpins au mètre carré et apporte en plus un gain net de 90 €/ha.

Labour et allongement de la rotation, la base du désherbage durable

Face à une flore difficile, comme c’est le cas à Cravant avec une résistance du vulpin aux herbicides ACCase et un début de résistance aux ALS, le labour montre un résultat probant. Il constitue une bonne base agronomique.

La baisse de stock semencier dans une parcelle labourée est conséquente et l’effet se remarque sur plusieurs années
Photos illustrant une infestation et densité de vulpins au mètre carré sur deux témoins et l’intérêt d’un labour pour un résultat efficace

« 13 épis ont été observés en moyenne cette année dans les parcelles labourées en 2017 contre 167 dans celles non retournées, indique Jean-Louis Chevrier, ingénieur technique responsable de la plateforme Herbinnov. Deux ans après, l’effet du labour est encore très visible. »

Jean-Louis Chevrier
Ingénieur conseil cultures et environnement

L'effet du labour est également visible dans les cultures de printemps avec 2 vulpins par mètre carré dans les parcelles de maïs ou de betteraves labourées contre 100 par mètre carré dans les parcelles non labourées. Ces niveaux d’infestation observés dans la rotation de printemps sont inférieurs à ceux rencontrés en rotation colza/blé/orge. Pour l’ingénieur, le but recherché est « de gagner en efficacité de désherbage en jouant sur des paramètres faciles à mettre en œuvre pour casser les cycles biologiques des adventices. Tout dépend des objectifs à atteindre ! » 

« Le semis d’orge de printemps à l’automne se développe depuis ces dernières années dans la région car les hivers sont actuellement plutôt doux et les quintaux sont au rendez-vous, explique-t-il. Mais en maintenant le semis de l’orge de printemps, au printemps, le résultat sur les vulpins est probant : aucun vulpin dans la parcelle contre 60 pieds par mètre carré dans celle semée en hiver. Le semis au printemps a perturbé la dynamique des vulpins. Il se réfléchit bien en fonction de l’objectif : le rendement ou le désherbage. »

Le décalage de la date de semis, efficace en bonne condition météorologique

Entre un semis effectué le 24 octobre et un second décalé au 21 novembre, le rendement est assez proche : soit 82 qx/ha pour le premier et 78 qx/ha pour le deuxième. Cependant, le semis tardif permet de réduire les levées de vulpins : 21 pieds par mètre carré dénombrés contre 100 pieds par mètre carré.

Le semis tardif permet de réajuster son programme de désherbage en économisant le traitement en sortie d’hiver. On obtient un gain net de 20 €/ha.

Désherbage mécanique, une option en sortie d’hiver

La chimie complète les mesures agronomiques pour obtenir 100 % d’efficacité. En raisonnant en terme de résultat net, le programme automne avec Fosburi® + chlortoluron suivi d’une base Mesomaxx en sortie d’hiver donne 100 % d’efficacité. Un passage d’herse étrille en février permet de gagner 90 euros/ha et ne laisse que 4 vulpins au mètre carré.

Le conseil

Pour Véronique Galvan, animatrice commerciale, « raisonner le désherbage en intégrant les mesures agronomiques se construit dès l’automne et dans la rotation, avant le semis. »