Herbinnov Nord : désherbage sur le rang et binage, une stratégie efficace en betterave ?

Les différentes options de désherbage chimiques et mécaniques sont évaluées dans les betteraves implantées sur la plateforme Herbinnov de Tilloloy dans la Somme. Face à un important niveau d’infestation en vulpins, le désherbage sur le rang, le binage, la modulation de dose d’herbicide racinaire apportent de bons résultats d’efficacité. Reste à vérifier la performance économique de ces itinéraires.

Sur betteraves, quel itinéraire technique, associant désherbage chimique au travail du sol, donne les meilleurs résultats pour éliminer les vulpins ? Pour répondre à cette question, cinq itinéraires ont été testés sur la plateforme Herbinnov de Tilloloy, dans la Somme.

L’infestation en vulpins est élevée, avec 175 pieds/m² relevés dans le témoin. L’objectif est d'identifier l’itinéraire qui apporte le plus de performance technico-économique en misant sur la complémentarité des différents leviers disponibles. Dans ce cadre, le binage est-il un bon allié pour détruire les vulpins sur l’inter-rang ? Une baisse de l’Indice de fréquence de traitement (IFT) est-elle envisageable ?

Cinq itinéraires culturales de désherbage pour évaluer progressivement l'intérêt des leviers chimiques et mécaniques

« Les cinq essais sont organisés en fonction d’un gradient de complexité technique. Le premier essai est un itinéraire classique. Il nous sert de point de comparaison avec un programme classique de désherbage et s’appuie sur un seul anti-graminée après le T1 pour gérer les vulpins. Dans les itinéraires techniques suivants, nous ajoutons à cette base des leviers permettant de mieux gérer la problématique vulpins de la parcelle. Nous commençons par un passage de Produit A en pré-levée avec incorporation. Dans la troisième bande, un passage de bineuse est introduit après le T3 associé à une pulvérisation en plein ou une pulvérisation localisée. Enfin, nous travaillons sur la dernière bande un désherbage localisé associé à trois binages. Ce dernier itinéraire a pour but de reproduire l’action d’une désherbineuse. Le binage et le traitement sont réalisés en localisé, le même jour, pour le T1, le T2 et le T3. »

Sarah Fatmi
Ingénieur Conseil Cultures et Environnement

Le printemps sec a permis de réaliser, dès le départ, un désherbage mécanique dans de bonnes conditions. Les conditions climatiques n’ont pas été un frein pour la réussite des binages que ce soit pour les passages de bineuses associées au désherbage chimique (itinéraire 5) ou les passages dissociés (itinéraires 4 et 3).

Focus technique

Le climat sec peut néanmoins être un facteur limitant, surtout pour la technique du désherbinage. Si le binage nécessite des conditions sèches, c’est l’inverse pour le désherbage chimique car il est favorisé par une bonne humidité du sol et de l’hygrométrie. L’avantage des itinéraires 3 et 4 est de pouvoir dissocier le binage et le désherbage mécanique afin d’assurer un positionnement dans de bonnes conditions pour chacune des méthodes utilisées. Pour le traitement en localisé, l’expérimentation utilise des buses spécifiques (Teejet TPE). Elles travaillent sur une largeur de 25 cm. En betteraves, étant donné la largeur de l’inter-rang de 50 cm, on ne traite que la moitié de la surface totale de la parcelle et non sur un tiers comme en maïs où les écartements sont plus importants.

Itinéraire 1 : conduite classique

  • conduite classique avec un passage anti-graminée classique / 175 vulpins/m2 dans les témoins.
  • désherbage en plein.

Itinéraire 2 : traitement anti-graminée de pré-levée supplémentaire

  • conduite classique avec un passage anti-graminée classique.
  • désherbage en plein, + incorporation de Produit B avant le semis.

Itinéraire 3 : désherbage en plein + un passage de bineuse

  • conduite classique avec un passage anti-graminée classique. désherbage en plein,
  • + incorporation de Produit B avant le semis, + un binage après le T3.

Itinéraire 4 : désherbage localisé + un passage de bineuse

  • conduite classique avec un passage anti-graminée classique.
  • désherbage localisé : l'herbicide est appliqué avec une buse Teejet TPE sur une largeur de 25 cm pour un écartement de rang de 50 cm,
  • + incorporation de Produit B avant le semis.

Itinéraire 5 : désherbage localisé associé au binage

  • conduite classique avec un passage anti-graminée classique.
  • désherbage localisé : l'herbicide est appliqué avec une buse Teejet TPE sur une largeur de 25 cm pour un écartement de rang de 50 cm,
  • + incorporation de Produit B avant le semis,
  • + un binage avec le T1, le T2 et le T3.

Les meilleurs résultats d’efficacité sont obtenus en combinant désherbage chimique et mécanique

Le bilan des leviers testés avec l’incorporation de Produit A en pré-levée permet de diminuer drastiquement la population de vulpins puisque l’on passe de 175 pieds/m² à 20 pieds/m².

Le passage de trois binages successifs dans le cadre du désherbinage (itinéraire 5) a permis de réduire encore l’infestation à 5 pieds/m².

Le programme de désherbage chimique avec les deux premiers passages renforcés en éthofumésate donne les meilleurs résultats. Il a permis d’atteindre le 100 % d’efficacité sur l’ensemble de la flore présente sur la parcelle.

« En passant mécaniquement trois fois sur le rang, nous avons progressivement enlevé les pieds de vulpins tout en minimisant le repiquage, explique Nicolas Rémy, Animateur commercial. Reste néanmoins à comparer les coûts de chantier entre une conduite classique avec pulvérisation en plein et le désherbinage, cette méthode est certainement plus onéreuse même si elle a l’avantage de diviser l’IFT par deux. »

L’effet augmentation de dose à l’épreuve

En complément des itinéraires techniques testés précédemment, quatre programmes chimiques sont comparés pour évaluer l’effet de dose de léthofumésate sur le vulpin.

La meilleure modalité met en avant un programme renforcé sur les deux premiers passages avec une dose d’éthofumésate à 190 g. Cette option à un effet positif à la fois sur les vulpins mais aussi sur les chénopodes particulièrement difficiles à contrôler sur cette parcelle.

En amenant 380 g d’éthofumésate en cumulé sur les deux premiers passages (associé à une base PMP et complété par du Produit C et du Produit D), 14 points d’efficacité sur vulpins sont gagnés par rapport à la modalité classique laquelle apporte seulement 247 g d’éthofumésate sur les deux premiers passages. Un grammage en éthofumésate supérieur à la référence, et respectant les conditions d’emploi, permet d’améliorer l’efficacité du programme.