Blé dur : prévenir au champ le risque mycotoxines

Il n'y a pas de miracle : si la production française de blé dur respecte généralement la réglementation en matière de fusariotoxine, c'est parce que l'amont y est fortement sensibilisé. L'exemple de la coopérative de Bollène-Barjac, collecteur de blé dur dans le Vaucluse.

« Les producteurs sont bien impliqués, précise Denis Maucci. Pour exemple, les bulletins d’alerte auxquels ils doivent s’abonner pour décider des traitements anti-fusarioses sont rédigés par dix d’entre eux, accompagnés par des techniciens de la coopérative, des Chambres d’agriculture et d’Arvalis-Institut du végétal. »

Denis Maucci
Directeur de la coopérative de Bollène-Barjac

Denis Maucci est directeur de la coopérative de Bollène-Barjac qui approvisionne notamment Panzani. Tout est mis en œuvre avec les agriculteurs pour prévenir les risques mycotoxines et les minimiser.

La coopérative est engagée dans une démarche HACCP (Hazard analysis of critical control points) et contractualise chaque année entre 40 % et 60 % de sa collecte de blé dur. Avec à la clé, une traçabilité assurée de la parcelle à l’industriel, et un cahier des charges définissant notamment les pratiques culturales à respecter.

Pour le directeur de la coopérative, les producteurs ont tout à gagner à minimiser le risque fusariose. « Une telle précaution réduit le risque mycotoxines, et maintient également un poids spécifique satisfaisant, ce qui évite les réfactions, sachant que la norme française pour la semoulerie est de 80 kg/hl. Entre un PS à 78 kg/hl et un PS à 74 kg/hl dû à des grains fusariés, la réfaction peut s’élever à 50 €/t, ce qui équivaut très largement au montant d’un traitement fongicide, sur une seule tonne, sans compter les pertes de rendement engendrés par l’absence de traitement. Il est de toute façon dommage de soigner sa culture (semence certifiée, fertilisants, herbicides, etc.) et de ne pas appliquer de fongicide, qui ne correspond pas au poste le plus élevé au sein des charges. »

À savoir

Aujourd’hui, le blé dur représente 95 % de l’assolement en blé.

8 années sur 10
les conditions climatiques idéales pour le blé dur sont réunies

Le Lauragais est historiquement une zone de production de blé dur. Et pour cause, le climat et le type de sol sont particulièrement favorables à cette culture. Statistiquement, huit années sur dix, des conditions climatiques idéales pour le blé dur sont réunies pendant sa floraison, avec un risque fusarioses et donc mycotoxines de ce fait réduit.

Mais comme ces conditions ne sont pas prévisibles, les agriculteurs appliquent, sur les conseils des prescripteurs, un traitement systématique. « L’anti-fusariose, comme Prosaro ou JOAO est perçu par la profession comme très performant sur les maladies de l’épi, sont des produits achetés systématiquement en morte-saison dans la région. Les producteurs sont en effet sensibilisés aux risques fusarioses et mycotoxines et sont invités par la filière à jouer la carte qualité. D’une part parce qu’une attaque de fusariose peut entraîner une perte de production allant de 15 à 20 q/ha, et d’autre part parce que tout lot présentant un taux de DON supérieur aux 1750 ppb autorisés est déclassé. »

Le blé dur est destiné aux industries de la semoulerie et des pâtes alimentaires, très exigeantes, dont les procédés de fabrication ne permettent pas de détruire les mycotoxines.

« Par ailleurs, une part non négligeable du blé dur de la région est exportée vers les pays du bassin méditerranéen pour la semoulerie et vers l’Italie pour les pâtes. La qualité de notre production doit se maintenir car un pays comme le Canada s’avère être un concurrent féroce ! »

Denis Maucci
Directeur de la coopérative de Bollène-Barjac

Efforts récompensés

45 000 tonnes
de blé dur français sont récoltés chaque année par « Grains de Soleil »

Les efforts de la filière sont récompensés : le blé dur français est apprécié, malgré la rude concurrence espagnole ou canadienne.

Les 45 000 t de blé dur récoltées chaque année par l’union de commercialisation « Grains de Soleil » (créée par les coopératives l’Ardéchoise, Bollène-Barjac, Sud Vaucluse et Provence Languedoc) trouvent toujours preneurs. « Chez les semouliers et pastiers français, mais également étrangers, précise Denis Maucci. Les pays du nord de l’UE, qui sont très sensibles aux teneurs en DON et qui exigent parfois des seuils inférieurs à ceux imposés par la réglementation européenne, viennent s’approvisionner chez nous. »

Pour l’avenir, la filière blé dur parie sur la génétique. Le GIE blé dur, qui réunit les semenciers, la recherche et les industriels, ne cesse de travailler à l’amélioration des variétés.
Depuis une trentaine d’années, de nombreux essais sont réalisés au sein de réseaux communs entre sélectionneurs, coopératives et organismes de recherche (Inra et Arvalis-Institut du végétal).
Objectif : sélectionner des variétés résistantes à la fusariose et présentant toutes les qualités technologiques requises pour la fabrication de semoule et de pâtes alimentaires.