Au champ, comment mettre en place une stratégie fongicide efficace ?

Plusieurs facteurs sont nécessaires pour mettre en place une stratégie fongicide efficace. Le choix du produit est essentiel, tout comme le stade d’application et la dose. La qualité de pulvérisation est nécessaire pour aboutir à une bonne couverture de l’épi, et donc renforcer l’efficacité des fongicides utilisés.

Le bon produit, à la bonne dose

De nombreux pathogènes peuvent se développer sur l’épi. Le choix doit-être fait en priorité pour lutter contre les Fusarium - producteurs de mycotoxines. Dans un second temps, le choix doit-être effectué pour lutter contre les maladies secondaires du feuillage (septoriose, rouille).

Quelle famille chimique, quelles matières actives ?

A ce jour, 2 triazoles présentent une efficacité significative contre les fusarioses. Il s’agit du prothioconazole et du tébuconazole qui se distinguent et disposent d’une réelle efficacité aussi bien sur microdochiums et fusariums.

Pour gérer le risque fusariose et ce quel que soit le débouché, l’utilisation de Prosaro®, à base de prothioconazole et de tébuconazole, est recommandée. Le prothioconazole présente l’avantage d’être aussi efficace sur Fusarium que sur Microdochium, deux groupes de champignons responsables de la fusariose des épis.

Un traitement fongicide peut être réalisé début floraison à la chute des premières étamines. Et les années très humides, la floraison peut être encadrée par deux applications.

« Nous insistons sur le positionnement du traitement au bon stade, le respect de la dose et du volume de bouillie en rappelant que les meilleurs fongicides contre la fusariose n’atteignent que 60 à 70 % d’efficacité à pleine dose. »

Nathalie Adam
Ingénieur technique sur la région Nord Pas-de-Calais

Les producteurs le savent, gérer le risque fusariose permet d’une part d’éviter de fortes pertes de rendement (celles-ci peuvent aller jusqu’à 20-25 q/ha), et d’autre part, de voir son lot déclassé.

« Les blés de la région sont aussi bien destinés à l’alimentation animale qu’à la panification ou à l’amidonnerie : la réglementation doit être respectée en ce qui concerne les teneurs en mycotoxines. Un certain pourcentage part par ailleurs vers les pays du Maghreb et l’Egypte, via les ports de Dunkerque et de Rouen. Or ces pays sont très exigeants en matière de poids spécifique, de taux de protéines, d’indice du temps de chute de Hagberg... des critères altérés par la fusariose ! »

Nathalie Adam
Ingénieur technique sur la région Nord Pas-de-Calais

Quelle dose appliquer ?

Les résultats d’études montrent que la gestion de la fusariose dépend de la nature du pathogène, du positionnement du traitement et de l’efficacité intrinsèque des matières actives. Il est recommandé de manière générale d’appliquer des doses au minimum à 80% de la dose homologuée. Concernant Prosaro®, il est recommandé de le positionner à la dose de 0,8 à 1 L/ha, au moment de l’épiaison (75% des épis sortis).

Le bon stade d’application

Le traitement doit donc être effectué au début de la floraison.
L’efficacité maximale s’observe lorsque le traitement est positionné au moment où 100% des épis sont sortis, quand les premières étamines sont visibles. Le positionnement optimal de traitement se situe dans une fenêtre de 5 à 6 jours autour de l’apparition des étamines (floraison).

A ce stade, le traitement permet de bénéficier d’une efficacité qui est maximale au moment du pic de contamination et d’une persistance d’action à même de contrôler des contaminations plus tardives.

A noter que Prosaro® se positionne également en relais pour la maîtrise des maladies de fin de cycle sur blés (septorioses et rouilles).

Positionnement du traitement

À savoir

Pour reconnaître le bon stade, il est possible d’observer les passages de roues, car ce sont les zones de la parcelle les plus en avance.

La qualité de pulvérisation

Le traitement d’un épi est délicat. En effet, les gouttelettes sur la feuille vont « naturellement » atteindre par gravité la surface de la feuille, et l’épi, à port vertical, est une cible plus difficile à atteindre qu’une feuille plane.

La réussite du traitement fusariose dépend de trois facteurs :

1. Les conditions climatiques d’application :

  • La température doit-être inférieure à 25°C, pour éviter l’évaporation d’une partie de gouttelettes mais également pour prévenir tout risque de marque du produit.
  • L’application doit-être faite en l’absence de vent pour limiter au mieux la dérive du traitement.
  • Enfin, elle doit-être réalisée avec une hygrométrie élevée, c’est-à-dire supérieure à 60%, idéalement supérieure ou égale à 85% (c’est pour cette raison qu’il est conseillé de traiter plutôt en début ou fin de journée).

NB : ces conditions climatiques sont valables pour l’ensemble des traitements en général, mais non spécifiques au traitement anti-fusarioses.

2. Le volume d’eau

Comme on peut l’observer dans les essais menés avec Arvalis, pour un même produit et un même type de buse, l’efficacité du traitement anti-fusariose est améliorée lorsque l’on passe de 80 à 250 l/ha.

Influence du volume sur le % d’épillets fusariés

À savoir

Le volume minimum en dessous duquel il ne faut pas descendre est de 150 l/ha.

3. Le type de buse

…Et la qualité de couverture

Une bonne couverture de l’épi est nécessaire pour obtenir une pleine efficacité car les produits actifs contre la fusariose sont très peu mobiles au sein de celui-ci. Trois types de buses ont été testés avec Arvalis à l’aide de papiers hydrosensibles, mettant en évidence la quantité et la répartition de produit sur une cible verticale.

Pulvérisation et fusariose des épis : Quelle buse pour bien couvrir l'épis ?

Couverture des épis à 150 l/ha

…Et l’efficacité

Il résulte des essais menées avec Arvalis que :

  • L’utilisation de buses à injection d’air n’affecte pas l’efficacité du traitement. Elles permettent de limiter la dérive sans affecter l’efficacité.
  • Même si les buses double-fente améliore la couverture de l’épis, il n’a pas été mis en évidence qu’elles amélioraient significativement l’efficacité.
Le meilleur compromis est donc l’utilisation des buses à injection d’air simple ou double fentes.

Efficacité épillets

Efficacité mycotoxines