Viser le 100 % efficacité pour un désherbage rentable et durable

Avec 400 pieds de ray-grass par mètre carré, le défi désherbage n’est pas évident à relever sur la plateforme Herbinnov Ouest localisée en Charente-Maritime. L'objectif : obtenir une parcelle propre de manière durable. Parmi les mesures agronomiques et chimiques existantes, quelles sont les meilleures options ? La combinaison de deux leviers, en l’occurrence le décalage de la date de semis associé à un programme automne puis en sortie d’hiver, donne de meilleurs résultats en 2019, comme en 2018, sur une parcelle réputée difficile.

Groupe d'agriculteurs visitant une parcelle de blé en Charente Maritime et recevant des conseils en désherbage

Sur la plateforme de désherbage, Herbinnov localisée à Varaize localisée en Charente Maritime, une importante pression en ray-grass avec 400 pieds par mètre carré dans les témoins affecte le potentiel de production de la parcelle. Un an après la mise en place des mesures agronomiques et de programmes chimiques, quel bilan dégager ? Quelles sont les pratiques agronomiques les plus efficientes ? Quel programme de désherbage permet de préserver la propreté de ses parcelles et d'obtenir le meilleur gain net pour l’agriculteur ? 

À retenir

La stratégie de désherbage associant un décalage de la date de semis, suivi d’un passage à l’automne puis en sortie d’hiver apporte 20 qintaux de plus qu’un unique passage herbicide à l’automne.

Décaler le semis pour réduire le stock semencier dans le sol et préserver son potentiel de rendement

Le décalage de la date de semis de 22 jours par rapport à la date du 23 octobre initialement prévue a permis d’obtenir 53 % de réduction du nombre de ray-grass au mètre carré. Le taux d'infestation est passé de 395 ray-grass/m2  à 185 ray-rass/m2 (notation de décembre 2018)

- 53% de ray-grass
grâce au décalage de la date de semis
Photos illustrant une infestation et densité de ray-grass au mètre carré sur deux témoins non traité par la méthode du décalage de la date de semis à l’automne

Serge Fortunel, ingénieur conseil culture et environnement estime que dans cette situation, cette technique ressort comme très efficace. Néanmoins, elle suppose de choisir une variété adaptée en précocité. En revanche, ce report de semis se révèle favorable aux levées de véroniques à feuilles de lierre. Dans la pratique, cette mauvaise herbe se gère facilement avec l'utilisation d'un herbicide de type Fosburi® ou Mateno®

Pour tendre vers 100 % d’efficacité, les leviers agronomiques doivent être complétés par un programme chimique.

Programme automne puis sortie hiver
+ 20 qx/ha et + 240 €/ha gain net vs simple automne
Histogramme illustrant l'efficacité d'un traitement herbicide d'automne plus sortie d'hiver sur ray-grass et le gain de rendement
A RETENIR

Sur une parcelle avec double résistance aux herbicides ACCase et ALS, le programme double automne reste la meilleure stratégie. Dans ce cas, pour cette problématique de résistance avérée, le gain de rendement sur la plateforme est de 66 q/ha par rapport au témoin.

En sortie d’hiver : désherber tôt

En sortie d’hiver, il est recommandé de désherber le plus tôt possible lorsque les conditions le permettent :

  • Sol humide en surface (dans les premiers centimètres).
  • Hygrométrie air > 60%
  • Augmentation annoncée des températures moyennes ( >5 °C ) dans les 5 jours qui suivent l’application 
  • Amplitudes thermiques faibles et de moins de 15 °C, en particulier sans gel
  • Stade adventices jeunes avant fin tallage (BBCH29)
  • Utiliser Actirob® B.

La perte d’efficacité suite à une application trop tardive en sortie d'hiver se traduit au final par une perte de rendement de 51,5 qx/ha.

Histogramme illustrant la perte d'efficacité sur ray-grass suite à une application trop tardive d'un traitement herbicide en sortie d’hiver et la perte de rendement

« Si les parcelles sont sales, le désherbage de rattrapage devra être réalisé dès que les conditions climatiques favorables seront réunies et les sols ressuyés. Point important, le traitement se programme avant tout apport d’engrais. En effet, ceux-ci favorisent le développement des adventices et rendent leur contrôle encore plus difficile. Dans notre parcelle, un apport d’ammonitrate a été effectué le 12 février 2019. Résultat : malgré les températures fraiches, les ray-grass étaient plus développés le 1er mars, ce qui explique l’effondrement de l’efficacité. »

Serge Fortunel
Ingénieur conseil cultures et environnement