Tour de plaine : évaluer le niveau de salissement de ses parcelles

L’automne 2020, contrairement à 2019, a permis à un grand nombre d’agriculteurs de semer leurs céréales et de réaliser les interventions de désherbage dans de bonnes conditions. De bons résultats sont attendus suite à ces désherbages d’automne. Il n’en reste pas moins que c’est au moment du tour de plaine en contrôlant la performance des applications d’automne et en observant l’état du salissement de sa parcelle, que les décisions de rattrapage en sortie d’hiver devront être prises !

Les traitements d’automne ont-ils été efficaces ? Dans quelles situations prévoir une intervention en sortie d’hiver ? Raisonner le désherbage à la parcelle et en fonction de son historique reste la meilleure option.

Estimer le salissement des parcelles !

Les agriculteurs le savent bien, un état des lieux s’impose avant la sortie d’hiver pour faire les bons choix et adapter la suite de son programme : c'est le tour de plaine !

Les mois de décembre ou janvier sont les bons moments pour regarder au ras du sol, entre les rangs de blé. Ce coup de projecteur permet d’anticiper le désherbage de rattrapage en sortie d’hiver car, ici, l'objectif est bien d’estimer l’état de salissement de ses parcelles et le potentiel de nuisance des plantules observées.

La situation de chaque parcelle est différente et dépend de plusieurs critères :

  • l'historique désherbage : adventices récurrentes, programmes de traitement.
  • les pratiques culturales : labour ou non-labour, qualité de la préparation du sol pour le semis, faux semis ou décalage de la date de semis et rotation des cultures.
  • le type de sol : par exemple, la fréquence d’apparition de la folle avoine est de 4 fois par an en sol argilo-calcaire contre deux en sol limoneux.

Aller voir "sous le blé", c’est aussi repérer les chemins de circulation de l'eau dans chaque parcelle. Les identifier permet de prévoir les mesures correctives afin de limiter les risques de pollutions diffuses. 

Contrôler la performance du programme d’automne

La pertinence d’une intervention en sortie d’hiver s’évalue étape par étape, de fin novembre à début février.

Le raisonnement débute par le contrôle de la performance du programme d’automne sur chaque parcelle en regardant le salissement entre les rangs de blé. Il s’appuie sur l’évaluation de la nuisibilité des adventices diagnostiquées en se projetant dans la rotation.

La présence en début d’hiver de plantules entre ces rangs ne signifie pas forcément que le programme de traitement d’automne n’a pas fonctionné. Plusieurs paramètres influent sur l’expression des symptômes prouvant la dégénérescence des plantules :

  • un climat clément
  • les différents modes d’action des produits
  • la sensibilité et le stade de développement de la flore au moment du traitement, qui jouent sur la dynamique de croissance des adventices.

Dans les « conditions normales », l’efficacité du désherbage d’automne est visible quelques semaines après les traitements. Elle est souvent concomitante à l’arrivée des premiers froids.

Définitions

La nuisibilité directe, correspond à la compétition engendrée par une adventice sur la culture pour accéder aux ressources eau, lumière, minéraux.


La nuisibilité indirecte correspond à l’entretien du stock semencier de la parcelle en semences d’adventice par la production de nouvelles graines issues des plantes restantes après le désherbage.

« Un programme d’automne donne rarement 100 % d’efficacité. Les conditions pédoclimatiques, la qualité de la préparation du sol pour le semis, la présence ou non des adventices au moment du traitement influent sur ce résultat. Même si deux interventions ont été réalisées, la surveillance des parcelles est recommandée. »

Caractériser les parcelles avant l’entrée dans l’hiver et les classer par type de risque :

Au moment du tour de plaine, différents scénarios se présentent dans les parcelles, les stratégies de désherbage seront à en fonction :

  • Pas ou très peu de plantules ont été dénombrées lors des tours de plaine : continuer la surveillance. Le programme en sortie d’hiver sera déclenché si besoin, notamment pour gérer d'éventuelles relevées de printemps.
  • Le niveau d’infestation est moyen, mais reste en dessous des seuils de nuisibilité : rester vigilant et surveiller très régulièrement la parcelle . L’infestation est encore prononcée, principalement des graminées. Le produit n’a peut-être pas encore fini d’agir. La décision de traitement se prendra en février-mars selon l’infestation et les conditions climatiques. Si l’hiver s'est révélé doux et pluvieux. La croissance des adventices n’est pas bloquée : elles peuvent coloniser les parcelles. Dès que l'état des parcelles le permet, programmer un traitement début février
  • L’infestation est déjà à un niveau élevé en décembre. Actionner le programme au plus tôt. Les seuils de nuisibilité sont dépassés pour les principales graminées (vulpin, ray-grass, pâturin) et pour les dicotylédones les plus préoccupantes (gaillet, véronique, matricaire, coquelicot) ou vous ête face à une flore complexe, composée de dicotylédones et graminées, présentes quel que soit le seuil de nuisibilité. 
    L’efficacité du programme d’automne n’a pas été complète. Dans ces deux cas, prévoir une intervention au plutôt dès janvier

 

« Il faut comprendre la vie d’une parcelle. L’observation et la connaissance des adventices font partie du désherbage. Les tours de plaine, j’en fais régulièrement pour voir comment évoluent les plantes. La flore identifiée une année dans une parcelle, ne sera pas forcément présente l’année suivante." »

Damien Beaujouan
Agriculteur dans le Loir-et-cher
La rotation : un levier agronomique pour contribuer au désherbage !

La rotation : un bon outil de désherbage : l'alternance des cultures perturbe le cycle des mauvaises herbes d'une parcelle en diversifiant les périodes de semis (automne ou printemps). La succession des cultures permet également d'alterner les modes d'actions des matières actives. A titre d'exemple, dans les blés, le désherbage peut diminuer le stock semencier des gaillets, matricaires, sanves, ravenelles, pâturins et ray-grass avant la pomme de terre suivante.

Le cas pratique du Mateno® au moment du tour de plaine

Sur dicots l’efficacité est souvent visible plus rapidement que sur graminées avec des plantes qui vont jaunir, se nécroser et disparaître. La rapidité d’action est variable suivant les dicots.

Efficacité sur dicots (J+8), après un passage en pré-levée avec Mateno® à 2 l/ha

Sur graminées, ici du ray-grass, on observe un arrêt de croissance des feuilles ou des tiges. Les plantules ont pris une couleur violacée. Ces symptômes pourront être confirmés par une deuxième observation espacée de quinze jours.

Efficacité sur ray-grass (J+34), après un passage en pré-levée avec Mateno® à 2 l/ha

Si l’hiver n’est pas rigoureux, l’efficacité des produits d’automne, type Fosburi® ou Mateno® s’observe notamment à la reprise de végétation en janvier-février, voir mars sur les graminées; avec globalement, une rapidité d’action de Mateno® supérieure à Fosburi® grâce à l’apport de l’aclonifène.

En pratique, le tour de plaine !

  • Réaliser un tour d'observation, un mois après les traitements.
  • Repérer une zone témoin pour la comparer avec le reste de la parcelle et visualiser l'efficacité du produit. La zone témoin peut se situer près d'un pylône électrique, au point de démarrage du pulvérisateur.
  • La présence de dicots se caractérise par des symptômes sur la plante de blanchiments et rougissements.
  • Si des graminées restent, elles apparaissent plus chétives, avec une ou deux feuilles en moins par rapport à celles du témoin. Ce signe indique que le produit agit. Par la suite, la graminée va changer de couleur puis se nécroser. Selon les produits utilisés, elle peut devenir blanche ou violette.
  • Une période de froid accélérera également la disparition des graminées.