Herbinnov Sud : le ray-grass résistant, soumis aux itinéraires techniques innovants

SARL Agricastel, Castelnau-d'Estrétefonds, Midi-Pyrénées (31)

Comment venir à bout d’un ray-grass résistant avec, comme impératif agronomique, la préservation du stock de matière organique et la structure du sol en évitant le labour profond ? Tel est l’enjeu de la plateforme Herbinnov Sud, implantée en Midi-Pyrénées. Elle est pensée avant tout comme une parcelle de démonstration en lien avec les problématiques techniques et économiques des agriculteurs de la région du Sud-Ouest.

Vidéo

Visite de la plateforme avec Jean-Claude Labit (agriculteur)

Visite de la plateforme avec Jean-Claude Labit (agriculteur)

Caractéristiques de la plateforme Herbinnov Sud (31) :

  • Problématique
    Ray-grass résistant
  • Rotation
    240 ha de maïs, 300 ha de blé tendre et blé dur, 150 ha de colza, 80 ha de tournesol, 100 ha de soja, 20 ha de légumes, 10 ha de légumes bio
  • Plateforme
    4 ha, scindée en deux modalités ; avec et sans pseudo-labour.
    Pour chacune, deux dates de semis sont expérimentées ainsi que trois programmes herbicides. Une parcelle est réservée au semis sous couvert végétal.
Définition

Le pseudo-labour est une opération de travail profond avec mélange des horizons... Le pseudo-labour se pratique à une profondeur équivalente au labour.

Quinze années de non-labour se sont révélées bénéfiques pour améliorer le stock de matière organique, la tenue et la vie des sols des trois exploitations associées au sein de l’entité Agricastel, localisée au nord de Toulouse, non loin de Grenade. Mais sur près de 1000 ha cultivés qu’elles cumulent, les ray-grass ont aussi bien profité. La graminée adventice gérée avec des programmes herbicides se montre désormais résistante aux molécules, qu’elle détoxifie.

Avec une rotation blé tendre, blé dur, maïs, tournesol, soja et cultures légumières, cette SARL dont l’objectif est de mutualiser le matériel et le personnel, est représentative des enjeux de désherbage sur la région. Elle accueille la plateforme Herbinnov Sud afin de trouver les leviers les plus efficaces pour sortir de cette problématique et sensibiliser le plus grand nombre d’agriculteurs.

« En accord avec les trois associés, nous avons installé sur leurs terres une démonstration qui se veut au plus près des conditions agronomiques locales et des pratiques des agriculteurs, explique François Ferrié, ingénieur technique Bayer qui pilote la plateforme. Nous sommes dans une logique d’innovation, en partageant les risques, pour gérer durablement les ray-grass. Nous parlons bien de démonstration et non d’essais sur cette zone de 4 ha. »

Évaluer l’effet du pseudo-labour et le recul de la date de semis

Cet automne 2018, deux leviers agronomiques ont été décidés pour la plateforme : l’effet du pseudo-labour tous les quatre ans et le recul de la date de semis. Le pseudo-labour est préféré au labour pour préserver la structure des sols. Un niveau de 150 ray-grass par m² est enregistré sur le témoin non labouré. Un semis tardif de la variété de blé Rebelde a été réalisé, pour chaque zone, labourée ou non, le 13 novembre 2018 ; le semis précoce a été pratiqué le 26 octobre.

Résultats 2018

Réduction de 150 à 10 pieds/m² après un pseudo-labour à 18 cm.

Premier résultat : sur la parcelle labourée, il reste moins de 10 pieds de ray-grass par m². 
« Ce résultat est frappant mais attendu, complète François Ferrié. Au-delà de l’effet choc du labour la première année, le taux de population s’établit avec ce seul levier autour de 50 % du niveau initial. Pour gagner en efficacité d’autres leviers devront être mis en place, agronomiques et chimiques. »

Le recul de la date de semis ne ressort pas, cette première fois comme la solution car la culture a mal levé. Cela peut-être souvent le cas dans le Sud-Ouest. Le rendement reste dans tous les cas l’objectif premier pour l’agriculteur.

Trois programmes herbicides sont ainsi mis en place systématiquement pour chaque modalité agronomique :

  • le premier avec une application en pré-levée
  • le deuxième avec un passage au stade 3 feuilles
  • le troisième raisonné en sortie d’hiver

La nouvelle solution de pré-levée, dont l’homologation est attendue en 2019, fait l’objet d’un essai complémentaire attenant à la plateforme.

Explorer d’autres itinéraires agronomiques

Les itinéraires innovants sont explorés sur une autre zone de 2 ha. Du radis chinois et de la phacélie ont été semés le 18 octobre. Ils jouent durant l’hiver leur rôle de couvert pour décompacter le sol. Un tournesol va être implanté dans ces couverts au printemps 2019. Un rouleau destructeur Faca est installé devant le tracteur pour casser la végétation et le strip till réalise simultanément le semis. L’interculture détruite va ensuite sécher. Un désherbage sur le rang reste à programmer. « Seulement 40 % de la surface va recevoir un herbicide en pré-levée d’une autre famille chimique que ceux destinés aux céréales, tient à souligner François Ferrié. Un binage ou rattrape dans l’inter-rang sera sûrement nécessaire. Nous ferons ensuite un blé à l’automne pour évaluer l’effet. ». Cette autre approche est très attendue, tant pour son efficacité que pour sa facilité à mettre en œuvre. « Accompagner les agriculteurs pour accroître durablement leur performance technique et économique est clairement notre objectif », conclut François Ferrié.

Au printemps 2019, des visites de la plateforme seront proposées avec un point sur la résistance aux adventices et un focus sur la préservation de la qualité de l'eau, plus d’informations dans les semaines à venir.