Créer les conditions du dialogue avec les voisins

Face à la l’inquiétude sur les traitements en vigne, il faut rassurer. Comment ? En instaurant le dialogue avec les riverains, en expliquant son travail. Des actions ont fait leur preuve dans le Bordelais. Isabelle Ladevèze, ingénieure agriculture durable a accompagné Damien Chombart, viticulteur à Haux, dans la construction de sa charte du « bien vivre ensemble ». Elle revient sur cette initiative.

Pour contrer les a priori de riverains d’exploitations agricoles sur les usages de produits phytosanitaires, mieux vaut jouer carte sur table, expliquer, montrer, plutôt que rester, chacun, de chaque côté de la haie.

Ce conseil, Isabelle Ladevèze, ingénieure agriculture durable chez Bayer, le porte depuis plus de 5 ans auprès des viticulteurs qu’elle rencontre dans le Bordelais. La région est sous tension sur la question des produits phytosanitaires. Si souvent le point d’entrée des revendications concerne les traitements des vignes implantées à proximité des lieux de vie, elles dépassent vite ce cadre : « Nous sommes proches d’une métropole avec des habitants qui apprécient de vivre au milieu des vignes pour l’esthétique du paysage, pour ce que symbolise le vin, mais qui en même temps, ne veulent pas de nuisance, qu’elle soit sonore, olfactive, ou même visuelle », relève-t-elle.

En face, le secteur viticole est attentif aux attentes sociétales, mais se montre frileux pour prendre les devants, échaudé par des reportages à charge ou par la stigmatisation d’ONG. « Mais ça bouge quand même », complète-t-elle, se souvenant de ce viticulteur qui avait invité son voisin, un peu énervé, à monter avec lui dans sa cabine de tracteur. Il a pu constater qu’avec les buses anti-dérives et les précautions prises à toutes les étapes, le risque d’atteindre les pavillons voisins était maitrisé, tout comme celui de contaminer l’environnement et les applicateurs.

L’exemple du château Lamothe avec la charte de bien vivre ensemble

C’est dans cet esprit qu’en 2012, Isabelle Ladevèze a accompagné Damien Chombart, dirigeant du Château Lamothe localisé à Haux en appellation Cadillac Côtes de Bordeaux, pour la création de sa charte de voisinage. L’exploitation est Ferme de références Bayer.

Damien Chombart s’appuie sur ses démarches agro-environnementales pour expliquer son métier :

  • Aire de lavage avec le procédé Phytobac® pour dégrader les effluents
  • Diagnostic Aquasite® pour évaluer le risque de pollutions ponctuelles par les produits phytosanitaires
  • Enherbement des vignes avec un fauchage par an des tours de parcelles pour favoriser la biodiversité
  • Pilotage des traitements mildiou et oïdium avec Movida®
  • Utilisation de buses anti-dérives pour traiter

Alors il n’a pas hésité à lever le voile sur ses actions en invitant ses voisins et en leur proposant de mieux communiquer. Trois réunions ont été programmées sur le premier semestre 2016 dont un atelier de travail au cours duquel chacun exprimait librement ses attentes face aux nuisances ainsi que son besoin d’information.

« L'idée de Damien Chombart a été de coconstruire la charte de voisinage, de jouer la transparence. Damien souhaitait que tout puisse être dit. Il voulait éviter que naissent des tensions comme c’était déjà le cas dans d’autres appellations . »

Isabelle Ladevèze
Ingénieur agriculture durable région Sud-Ouest

Résultat, deux ans après, le lien est créé.

  • Lors du premier bilan, en mars 2017, les voisins ont exprimé le souhait que la démarche s’étende aux autres domaines viticoles.
  • De son côté Damien Chombart a revu certaines pratiques : pas de travaux au champ avant 7h et après 20 h, coupure des jets de pulvérisation près des maisons et, il avertit par SMS ses voisins quand il traite. Tout simplement.

Les étapes clés de la charte d’engagement auprès des riverains du château Lamothe à Haux

Pour créer sa charte du « bien vivre ensemble », la première des actions de Damien Chombart a été de consulter le conseil municipal pour avoir son aval. Cette première rencontre, réalisée en décembre 2015, a été le top départ d’une campagne d’information voulue en trois temps« Nous avons édité des flyers que Damien a remis en main propre aux voisins (une quarantaine) pour les inviter à une première rencontre afin de leur faire découvrir l’exploitation », explique Isabelle Ladevèze, qui l’a accompagné dans cette démarche. Une vingtaine d’entre eux a répondu présent.

La première réunion, s’est tenue en mars 2016 après le Cash investigation sur les pesticides. La carte de la transparence a prévalu. Des questions sensibles sont intervenues, se souvient Isabelle Ladevèze : « Est-ce que je dois faire analyser mes cheveux ? Faut-il faire des prélèvements dans nos jardins ? Mais tout s’est bien passé. »

La deuxième réunion a été menée un mois plus tard par une communicante amie de Damien. Les voisins avaient vingt minutes pour répondre à deux questions clés :

  • « En tant que voisins du château, quels sont les désagréments auxquels vous êtes confrontés ? »
  • « Quel type d’information et par quels moyens souhaitez-vous que le château réponde à vos interrogations ? »

Les réponses, consignées sur des « post-it » ont dépassé la question des pesticides.

« Le désagrément visuel des piquets métalliques, et des manchons de plastique des complants, le bruit des machines, la boue laissée sur la route par le tracteur ont été signalés… Et pour prévenir en amont des travaux, l’envoi de SMS et de mail a été plébiscité. »

Isabelle Ladevèze
Ingénieur agriculture durable région Sud-Ouest

À la troisième réunion, Damien Chombart a présenté la charte d’engagement, rédigée à partir des demandes qu’il pouvait satisfaire. Cosignée par tous, elle encourage le dialogue car elle prévoit un point annuel également souhaité par les voisins.

En parallèle, l’agriculteur s’est engagé à respecter strictement les plages horaires réglementaires de 7 h à 20 h pour intervenir dans les parcelles. Il nettoie les roues des tracteurs avant de sortir des parcelles afin de ne rien laisser sur les routes. Pour la pulvérisation près des maisons, il coupe les jets dirigés vers elles et utilise les buses anti-dérive pour une application ciblée. Il a revu l’organisation de deux parcelles en arrachant un rang de vignes jugé trop près d’une maison et en plantant une haie en anticipation de l’implantation voisine d’un lotissement. Mais surtout, il alerte les voisins par texto.