Nouvelles technologies, des enjeux, des espoirs, mais également des risques

La révolution numérique sera-t-elle à même d’apporter une vie meilleure pour les agriculteurs ? Dans son Université 2016, organisée le 4 février à Marne-la-Vallée, Bayer a donné la parole au professeur Gérald Bronner, sociologue et membre de l’Académie des technologies. Selon lui, les nouvelles technologies présentent des avantages, mais aussi des risques.

« Aujourd’hui, nous savons algorithmiser la cognition humaine, l’ensemble des processus mentaux, note Gérald Bronner. Car nous avons les capacités pour stocker les données. Nous avons vécu la mécanisation des gestes. Place, désormais à l’algorithmisation des tâches intellectuelles. L’intelligence artificielle va envahir notre société : elle pourrait remplacer 47 % des emplois dans les vingt prochaines années. L’agriculture, comme tout autre secteur, va être impactée. » Pour le sociologue, membre de l’Académie des technologies, cette intelligence artificielle représente une opportunité pour se libérer du temps. Un agriculteur peut dès aujourd’hui prendre le temps, dans sa moissonneuse-batteuse, de vérifier la qualité de son grain entrant dans la trémie car la machine peut avancer sans qu’il n’ait à toucher au volant.

« La technologie réduit l’incertitude »

L’agriculture doit faire face à un taux d’incertitudes élevé, en raison de conditions climatiques ou de problèmes sanitaires imprévisibles… « Or la technologie réduit l’incertitude, assure Gérald Bronner. Les nouvelles technologies sont donc importantes pour le monde agricole. » Autre avantage perçu par le sociologue, la meilleure diffusion de la connaissance. La fluidification de l’information peut conduire à une intelligence collective. « À plusieurs, on explore mieux », souligne-t-il.

Un marché de l’information dérégulé

Mais les technologies présentent également des risques. Nous sommes entrés dans un monde de méfiance, notamment vis-à-vis de la science. Et ce phénomène pourrait s’accentuer. « Internet, sur lequel tout le monde peut donner un avis, a conduit à une dérégulation du marché de l’information », explique Gérald Bronner. Avec cette dérégulation est apparu ce qu’il appelle la « démagogie cognitive » : des points de vue intuitifs et parfois erronés de gens ordinaires s’imposent peu à peu sur toutes sortes de sujets. D’autant que sur Internet, les porteurs de croyances sont plus présents que les « raisonnables » et créent une dominance intellectuelle.

Un risque de « technophobie » renforcée

« Ainsi, les citoyens pensent qu’on leur ment sur les dangers que représentent les OGM, les pesticides, reprend le sociologue. Des phobies sociales se créent. » Et de montrer que sur les 30 premiers sites proposés par Google avec le terme « pesticide », à peine deux sont favorables. « Notre cerveau est mal équipé pour gérer rationnellement le risque, précise le sociologue. Nous optons alors facilement pour le risque zéro. Notre cerveau se focalise sur l’action sans s’interroger sur l’inaction. » Selon lui, cet aveuglement total sur le coût de l’inaction représente un frein à l’innovation, à la technologie. « Le principe de précaution fonctionne sur l’action mais ne prend pas en compte l’inaction », conclut-il.