Herbinnov Nord : les itinéraires innovants renforcent les stratégies de désherbage

Désherbage mixte des betteraves, effet des herbicides sur les couverts végétaux, leviers agronomiques à l’échelle de la rotation et nouvel herbicide en test : la plateforme Herbinnov multiplie les essais pour enrichir la gamme des solutions face à un haut niveau d’infestation en vulpins. Le point sur les itinéraires innovants mis en place au printemps.

Innover sans investir davantage, tel est l’objectif des essais de désherbage installés ce printemps, sur la plateforme Herbinnov Nord localisée à Tilloloy, dans la Somme. D’abord, en comparant les itinéraires de désherbage mixte sur la culture de la betterave, mais aussi, en évaluant la réaction des couverts face aux herbicides appliqués sur céréales d’hiver et sur maïs. Ces essais complètent ceux déjà installés cet automne qui allient, à l’échelle de la rotation, les pratiques culturales aux programmes herbicides.

Evaluer la meilleure option de désherbage mixte sur betterave

« Avec nos bandes d’essais dédiées à la betterave, nous souhaitons repérer parmi les pratiques de désherbage mixte associant la chimie et le mécanique, celles qui donnent les meilleurs résultats technico-économiques. »

Sarah Fatmi
Ingénieur Conseil Cultures et Environnement

Avec comme objectif la diminution de l’IFT mais aussi la limitation du risque de résistance du vulpin aux herbicides, le recours au désherbage mécanique en betterave est une des solutions, mais rarement suffisante à elle seule. Dans cet essai, l’objectif est decomparer des itinéraires techniques associant un programme herbicide avec un binage associé ou dissocié.

Les résultats obtenus permettent également d'évaluer la performance d’une désherbineuse par rapport à une pratique plus simple de désherbage en plein avec binage. Peu d’agriculteurs disposent de ce matériel car il demande un lourd investissement. Le désherbinage est alors mimé avec un passage en simultané de la bouillie herbicide localisée sur le rang et un binage en inter-rang. En application dissociée, la bouillie est appliquée seule, en plein ou en localisé. La bineuse intervient quand les conditions sont réunies avec un sol ressuyé et un temps sec. En plus de l’efficacité sur les adventices, tous les paramètres sont pris en compte dans les résultats de cet essai, le temps de passage comme le coût du matériel et du passage pour une analyse technico-économique des plus pertinente. L'application de l'herbicide effectuée uniquement sur le rang baisse d'un tiers l'IFT. En diminuant la quantité de produit sur le sol et la dose à l’hectare, le risque de transfert via la dérive et le ruissellement diminuent d’autant. Le recours au binage complète cette technique, permettant également de diminuer le ruissellement érosif dans l’inter-rang. Ainsi la ressource en eau est mieux préservée. 

Ces itinéraires mixtes sont complétés par deux autres modalités d’essais n’ayant recours qu’à la chimie pour gérer le salissement. Pratique aujourd'hui la plus répandue.

Les modalités d’essais sur betteraves derrière un blé et un labour : 

  1. Bande agronomique témoin avec programme classique,
  2. Produit A (à base de tri-allate),
  3. Produit A (à base de tri-allate) puis un binage et un désherbage dissocié en plein,
  4. Produit A (à base de tri-allate) puis binage + désherbage dissocié en localisé,
  5. Produit A (à base de tri-allate) puis binage + désherbage associé en localisé (simulation désherbinage).

« Pour exprimer tout leur potentiel, le désherbage chimique et le binage mécanique demandent des conditions d’application opposées. Les herbicides ont besoin d’une bonne hygrométrie pour bien pénétrer dans une plante adventice au stade très jeune. La bineuse sera plus efficace si la terre est bien ressuyée et si le temps est séchant les jours suivants, pour éviter que les mauvaises herbes ne se repiquent. Elle arrache les mauvaises herbes si elles sont suffisamment levées (1-2 feuilles, et non stade point vert comme pour les herbicides). L’objectif est de mesurer ces techniques et de les comparer à la technique du désherbinage. »

Nicolas Remy
Animateur commercial

Les plantes compagnes à l’épreuve des herbicides céréales et maïs

Comment se comportent la luzerne, le trèfle blanc, le lotier, la vesce, la moutarde et le seigle quand elles reçoivent un herbicide destiné au désherbage des cultures auxquelles elles sont associées ?

Pour répondre à cette question, six bandes de ces couverts végétaux ont été semées le 2 avril sur la plateforme Herbinnov Nord. L’objectif est d’obtenir plus de références sur la phytotoxicité des herbicides sur ces plantes. Ces couverts limitent avant tout le développement des mauvaises herbes en assurant une bonne couverture du sol. Ils sont également bénéfiques à la bonne structuration du sol et donc à la limitation du ruissellement érosif, en préservant les éléments fertilisants et la matière organique du sol.

La sélectivité de nos principaux herbicides maïs et blé sera testée sur ces variétés de couverts. Le positionnement des herbicides se fera à différents stades des couverts, de façon à simuler les pratiques les plus courantes (couverts permanents, blé en semis sous couvert, implantation de couverts dans le maïs…).

Performance des leviers agronomiques et chimiques dans les essais de désherbage sur blé

Pour les bandes de blé qui ont été traitées à l’automne, celles semées après un maïs implanté en 2019, dans la partie labourée de l’essai donnent 100% d’efficacité.

  • Le niveau d’infestation en vulpins est passé de 1200 pieds/m2 à 800 pieds/m2 grâce à l’introduction d’une culture de printemps.
  • Le cumul labour et culture de printemps a permis d’abaisser l’infestation à 150 pieds/m2.

Concernant le désherbage mécanique, celui-ci a été décalé au printemps compte-tenu des conditions très humides de cet automne. Les pluies n’ont pas permis une levée homogène des blés, ni le passage du matériel. Quatre passages de houe rotative ont été réalisés en sortie d’hiver afin de pouvoir « décoller » correctement les adventices dans un sol très sec.