Comment est organisée une colonie d’abeilles ? Une vie rythmée par les saisons !

Chacun connaît, par bribes, la vie des colonies d’abeilles : butineuses actives des fleurs, ouvrières énergiques et polyvalentes pour façonner des alvéoles, fabriquer le miel et le stocker dans la ruche. Elles sont essentielles à l’agriculture et constituent le socle d’une filière économique à part entière, au fil des saisons. Une connaissance approfondie de leur mode de vie en colonie, de leur biologie, des plantes mellifères qui les attirent, permet de mieux les respecter, dans le cadre des bonnes pratiques agricoles.

Ouvrir une ruche, dégager un de ses cadres, c’est avoir la chance d’apercevoir des abeilles, ouvrières, qui s’activent dans les alvéoles.

La reine se reconnaît par son corps plus allongé. Des faux bourdons, trapus, avec leurs yeux deux fois plus grands que ceux des abeilles ouvrières et leur absence de dard, y vivent aussi jusqu’à la fin de l’été.

Car, derrière le nom générique « abeille » se cache une colonie organisée, divisée en trois castes, avec pour chacune, une fonction bien définie. La reine assure la ponte, les ouvrières enchainent sept taches au sein de la ruche. Les mâles ou faux bourdons sont dédiés à la reproduction.

1 000
espèces d’abeilles sont dénombrées en France. La plus connue est l’abeille domestique Apis mellifera (abeille mellifère), qui vie en colonie.

« L’apiculteur est un paysan sans terre avec une armée de travailleuse en fonction des saisons »

Stéphane Bonnissol
Responsable biodiversité Bayer et apiculteur amateur en charge d’un conservatoire d’abeilles noires de pays dans la région Auvergne

Colonie d’abeilles, qui fait quoi ?

La reine, unique, assure la ponte

La reine est adulte au bout de 16 jours. La fécondation s’effectue sept jours après, lors du vol nuptial. Attirés par les phéromones qu’elle émet, huit à douze mâles vont la féconder puis mourir. Leur sperme est stocké dans une poche spéciale, la spermathèque, et servira à la fécondation pendant toute la durée de vie de la reine. Le fait d’être fécondée par plusieurs mâles limite le risque de consanguinité. Après la fécondation, la reine ne sort plus de la colonie d’abeilles. Les pontes seront très importantes en mai, juin, juillet. On peut compter jusqu’à plus de 2 000 œufs par jour sur cette période. Ceux-ci sont répartis en couvain sur les deux côtés de chaque cadre de la ruche. Dans de très bonnes conditions, la reine peut vivre 4 à 5 saisons.

« Lors des pics de ponte, la reine peut produire, deux fois son propre poids en œufs par jour. Cette performance est due à la consommation de gelée royale »

Stéphane Bonnissol
Responsable biodiversité Bayer et apiculteur

Les ouvrières, abeilles polyvalentes

Les ouvrières, stériles, sont adultes au bout de 21 jours (maturation de l’œuf à jeune abeille). À ce stade, elles restent encore une quinzaine de jours dans la colonie d’abeilles. Elles y occupent successivement plusieurs missions : nettoyeuses, nourrices, bâtisseuses, receveuses, ventileuses, gardiennes. À l’issue de cette période, elles sortent butiner les fleurs une quinzaine de jours. La durée de vie d’une abeille ouvrière de printemps est de 3 à 4 semaines.

Pour maintenir la vie de la ruche durant l’hiver, une partie du cheptel continue d’œuvrer. Ce sont les abeilles d’hiver, issues des pontes d’octobre qui assurent cette fonction. Elles se serrent en grappe pour limiter les courants d’air et garder le cœur de la ruche à une température oscillant entre 20 et 35 C°. Leur durée de vie est, quant à elle, de 170 jours et plus.

Le saviez-vous ?

Une colonie d’abeilles est constituée d’une reine, de 15 000 à 60 000 ouvrières et de 1 500 à 2 000 faux bourdons en saison.

Les faux bourdons

Les mâles ou faux bourdons sont adultes au bout de 24 jours et vivent jusqu’à 90 jours. Ils restent dans la colonie d’abeilles, puis sortent au début de la saison apicole (printemps), durant le vol nuptial pour assurer la reproduction. Ils peuvent parcourir jusqu’à 10 km.

Les faux bourdons volent surtout en début d'après-midi. Lors du rassemblement de faux bourdons, la reine en profite pour faire son vol nuptial.

Une colonie d’abeilles compte en moyenne 2 000 faux bourdons au cours de l'été. Ils sont chassés ou tués en fin de l’été par les ouvrières pour ne pas provoquer une surconsommation de la ruche pendant l’hiver.

Le cycle de vie des colonies d’abeilles, rythmé par les saisons

« Le cycle de développement de la colonie d’abeilles est calé sur les ressources, lesquelles correspondent aux floraisons. Tout est lié aux conditions climatiques et donc aux saisons »

Stéphane Bonnissol
Responsable biodiversité Bayer et apiculteur

Début mars, les abeilles butineuses sortent de la ruche pour commencer la collecte du nectar et du pollen. Le nectar est un liquide sucré qui se trouve à l’intérieur des fleurs. En butinant les abeilles se chargent aussi de pollen et le dépose sur le pistil des fleurs. Ce transfert permet la fécondation et donc la reproduction de nombreux végétaux : fruitiers, colza, tournesol, plantes sauvages et les arbres.

Pour fabriquer le miel, la population d’abeilles augmente en pic jusqu’en mai (60 000 abeilles) puis se stabilise. Elle décline progressivement à partir de juillet, la ressource en nourriture diminuant. Le butinage estival prend alors le relais. Il s’arrête à compter d’octobre, lorsque la température descend en dessous des 11°à 13 °C et que l’ensoleillement diminue. Au cœur de l’hiver, le nombre d’abeilles se situe entre 15 000 et 20 000 abeilles par colonie.

En saison, la reine et une partie des ouvrières peuvent quitter la ruche pour bâtir une nouvelle colonie.

« L’essaimage est un processus naturel de multiplication des abeilles mellifères régulé par les apiculteurs »

Stéphane Bonnissol
Responsable biodiversité Bayer et apiculteur
Le saviez-vous ?

L’essaimage apparait lorsque le ruche est bien développée, peu avant la miellée. Les apiculteurs veillent à éviter ce départ d’une partie du cheptel car il met en péril le niveau de production de miel. L’une des techniques est d’accroître la surface du couvain, l’autre est de sélectionner des reines qui présentent peu d’aptitude à essaimer. Le rôle de l’Apiculteur, est d’éliminer les souches qui ont cette prédisposition à l’essaimage.

Les colonies d’abeilles sont des « déshydrateuses »

Quelques éléments pour illustrer :

  • Le nectar sert à la fabrication du miel, source d’énergie de la colonie et le pollen est la source de protéines.
  • Le nectar contient beaucoup d’eau (65 %) et autour de 35 % de sucre.
  • En revanche le miel est dans un rapport inverse : 80 % de sucre et 20 % d’eau, ceci pour assurer une bonne conservation.

En conclusion, une colonie d’abeilles consomme autour de 200 à 240 kg de nectar, 20 à 50 kg de pollen et au moins 20 l d’eau par an.

Des périodes de butinage en fonction des températures !

Les abeilles butinent dans un rayon de 3 à 4 km de la ruche. Pour un être humain, c’est l’équivalent de 2 500 km en quête de nourriture !

Dès 11 °C les abeilles sortent butiner et vont toujours au plus près : là où elles trouvent des plantes mellifères.

Surface de prospection du rucher
environ 3 000 ha / rayon de butinage de 3km

Comment suivre l’activité des abeilles en saison ?

Grâce au système de ruches connectées, l’apiculteur peut suivre l’activité de sa ruche sur son ordinateur et /ou smartphone en temps réel. Par exemple, la ruche peu gagner jusqu’à + de 4 kg de nectar par jour quand les ouvrières butinent du colza. La miellée de colza est en générale courte 7 à 10 jours maximum sur une floraison d’une durée de 3 semaines. Les abeilles « fabriquent » ainsi 2,8 kg de miel de colza par jour et par ruche sur cette période.

La balance est donc un outil efficace pour suivre l’activité et la production de miel. La ruche connectée permet de repérer aussi les heures de présence des abeilles dans les champs et c’est un moyen précieux pour adapter ses pratiques agricoles, afin de mieux préserver les abeilles et plus largement les pollinisateurs.