Tour de plaine, comment évaluer le niveau de salissement des parcelles de blé en sortie d’hiver ?

Faut-il un rattrapage herbicide au printemps ? Des observations à la parcelle permettent d’évaluer l’efficacité des programmes d’automne et, si besoin, de prévoir une intervention au printemps. Évaluer le niveau d’infestation des adventices observées lors des tours de plaine réalisés entre janvier et début mars est indispensable.

Les semis et le désherbage du blé se sont globalement déroulés dans de bonnes conditions cet automne 2022. Un climat doux, assez humide en octobre et début novembre a favorisé des levées rapides des céréales, et donc des interventions en pré-levée et/ou post-levée précoce. De bons niveaux d’efficacités des herbicides sont attendus en plaine.

Janvier à début mars correspond à la bonne période pour scruter ses parcelles, évaluer leur niveau de salissement et le potentiel de nuisance des adventices observées. C’est aussi à cette période que se juge la performance des programmes herbicides d’automne.

« Nous savons que la présence de plantules en tout début d’hiver ne signifie pas forcément l’échec du programme d’automne. Les symptômes prouvant la dégénérescence des plantules peuvent se manifester plus tardivement en fonction des modes d’action, de la douceur du climat ainsi que de la sensibilité et du stade de développement de la flore au moment du traitement. »

Globalement, c’est avec l’arrivée des premiers froids vifs que se révèle le niveau d’efficacité des produits d’automne. Fin janvier et début février sont donc les bonnes périodes pour finaliser son diagnostic. Dans ce cas, vulpins, ray-grass ou autres matricaires, véroniques et coquelicots difficiles à contrôler sont peut-être passés à travers les mailles du filet. Une nouvelle intervention au printemps avec des produits adaptés (flore, résistance) est dans ce cas nécessaire pour finaliser le travail initié à l’automne.

Evaluer le salissement de ses parcelles en en janvier et février

Un programme herbicide d'automne donne rarement 100 % d’efficacité. Il est déjà considéré comme performant au-dessus de 90 % d’efficacité. Avant d’envisager un rattrapage en sortie d’hiver, il est nécessaire d’évaluer le niveau de salissement de ses parcelles. Suivant le salissement observé (espèces d’adventices, nombre/m²), la nuisibilité directe et indirecte peut être très variable. Selon Arvalis-Institut du Végétal, le seuil de nuisibilité directe indique le nombre de pieds par m2 qui engendrent plus de 5 % de perte de rendement. Il s’agit d’un repère, le potentiel pouvant varier en fonction du type de sol, de la conduite de la culture et de la météo.

Par exemple, 25 à 30 ray-grass par m² peuvent entraîner une perte moyenne de rendement de plus de 5 % en laissant dans le sol 75 000 à 250 000 graines par m² pour les cultures suivantes ! Pour obtenir une bonne idée de la nuisibilité, des observations doivent être faites à plusieurs reprises entre janvier et début mars sur l’ensemble de la parcelle.

Gestion des résistances et combinaison de pratiques agronomiques

Pour Magalie Devavry, suivant le niveau d’infestation observé dans les parcelles et le niveau de résistance avéré aux produits de printemps, un rattrapage au printemps peut être préconisé. Le niveau de résistance dans la parcelle aux produits de printemps (ALS et/ou ACCase) aura pu être évalué en amont à l’aide d’un diagnostic de résistance comme Herbisecur. Ce diagnostic à la parcelle permet de raisonner au mieux sa stratégie de désherbage

« Pour une gestion durable du désherbage à l’échelle de la rotation, il est indispensable d’intégrer de la diversité : dans ses pratiques culturales, dans sa rotation, dans les matières actives utilisées. Cette diversité reste la clé d’un désherbage réussi. Parmi les méthodes que nous avons expérimentées dans nos plateformes agronomiques qui marchent bien et dont les bénéfices sont reconnus : le labour tous les -3-4 ans, le décalage de la date de semis et l’allongement de la rotation. Ces leviers permettent de diminuer le stock semencier dans les parcelles, et d’intervenir sur des parcelles presque « propres » : désherbage mécanique, choix variétal, ou encore semis sous couverts ont pu démontrer leur intérêt suivant les conditions pédoclimatiques rencontrées. »

NUISIBILITÉ DIRECTE ET INDIRECTE ?

La nuisibilité directe correspond à la compétition engendrée par une adventice sur la culture pour accéder aux ressources en eau, lumière, minéraux. La nuisibilité indirecte correspond à l’entretien du stock semencier de la parcelle en semences d’adventice par la production de nouvelles graines issues des plantes restantes après le désherbage. La nuisibilité indirecte peut également impacter la qualité de la récolte (ergot, datura,….).

Nuisibilités par adventice :