Résultats Herb'Innov 2017 : au service d'une stratégie de désherbage durable

Une parcelle propre durablement avec des bénéfices économiques à la clé, c’est possible. 1 512 €/ha de gains supplémentaires sur 3 ans ont été obtenus sur la plateforme d’essais Herb’innov en Seine-et-Marne dans le cas d’un désherbage optimisé sur une rotation blé-colza-blé. Et surtout, une gestion du développement des résistances des ray-grass aux ALS*! Place aux mix-solutions agronomiques et à l’alternance des modes d’action herbicide.

* ALS : famille chimique regroupant les matières actives telles que le mesosulfuron, iodosulfuron, thiencarbazone, foramsulfuron, etc.

La preuve que ça fonctionne ! C’est dans cet esprit qu’est pilotée la plateforme de désherbage Herb’innov localisée à Coutevroult, en Seine-et-Marne. Initiée en 2014 dans la prolongation de celle de Mer, conduite pendant 6 ans dans le Loir-et-Cher, elle s’inscrit en soutien au réseau Capital Propreté Parcelles lancé cet automne par Bayer.

Quels sont les objectifs de cette plateforme de désherbage Herb’innov ?

Partager avec les agriculteurs les résultats sur les pratiques culturales et le désherbage chimique mis en place sur 4 hectares. L’expérimentation dans ce périmètre de surface est programmée jusqu’à la récolte 2018. Elle doit trouver les solutions agronomiques et chimiques combinées qui, sur le moyen terme, à l’échelle de la rotation, peuvent débloquer les situations d’impasse. Insérée dans une exploitation agricole, cette plateforme doit aussi apporter la preuve des bénéfices économiques des itinéraires expérimentés. Au départ, en 2013, les hectares n’offraient pas le terrain de jeu idéal. L’infestation se révélait modérée, sans résistance identifiée ! En 2014, deux options ont été prises. Une partie de la zone a été affectée à une rotation de cultures d’hiver, blé – blé – colza – blé, l’autre en insérant une culture de printemps selon le rythme : blé – maïs – blé – maïs.

Trois ans plus tard, une stratégie de programmes de désherbage optimisée dans chaque situation de rotation est identifiée. Elle fait la part belle aux pratiques culturales associées à un programme de traitements pensé sur le moyen terme, fondé sur l’alternance des familles chimiques. Avec à la clé, 100% d’efficacité.

1. Trois ans de techniques agronomiques pour abaisser le stock des semences adventices

Une infestation forte de ray-grass a été observée en 2015 après un blé sur blé. Elle a révélé un début de résistance aux herbicides ALS. Les techniques agronomiques - labour, faux-semis, décalage de la date de semis - et les différents programmes chimiques ont été réalisés pour évaluer la performance de ces pratiques ainsi que leur combinaison face à la problématique de développement du ray-grass. Trois ans après, quels sont les enseignements majeurs de ces itinéraires techniques ?

Le labour, un levier efficace

  • Le faux-semis renforce le contrôle des ray-grass. Dans les essais conduits en semis simplifiés et en comparaison avec ceux recevant un faux-semis préalable, un gain de 5 à 10 q/ha a été relevé et l’infestation a été stabilisée.
  • Le labour, est une recommandation agronomique efficace pour abaisser le stock de semences de ray-grass et vulpins. La comparaison a été établie entre une micro-parcelle conduite en non labour et celle installée dans l’optique d’un labour tous les trois ans, en l’occurrence effectué en 2015. Résultat ? En 2016, le nombre de pieds de ray-grass est passé de 60 à 30 par m2. Une baisse de moitié en l’espace d’une année qui devrait être à la fin du cycle expérimental en 2018, de 86% !

Pour Guillaume Chancrin, responsable technique désherbage chez Bayer, « Le labour évite les germinations des graines en les enfouissant. Celles dont la durée de survie est courte, c'est-à-dire celles qui ont un fort taux annuel de décroissance, finiront par disparaitre et ainsi abaisser le stock semencier. Après le labour, peu de plantes lèveront. L’intervention chimique programmée en suivant sera plus efficace. Peu de graines alimenteront le stock pour les années futures ».

Résultats Herb'innov

La combinaison du faux-semis avec le labour occasionnel abaisse le stock de semences de ray-grass de 50% l’année suivant le labour par rapport au seul faux-semis.

Le décalage de la date de semis

En reportant de trois semaines la date de semis du blé, la levée des adventices inféodées à cette culture est bouleversée. Les opérations de semis censées activer malgré elles la levée des adventices en remontant leurs graines en superficie coïncident avec une période où les conditions sont moins favorables à leur germination.

Résultat, un essai combinant un faux-semis, qui les a déjà stimulées puis contrôlées avant l’implantation de la culture, à un décalage de semis, a abaissé de 70% le stock de semences de ray-grass l’année suivante.

Guillaume Chancrin porte toutefois un bémol : « Cette mesure est variable car on travaille du vivant, certaines années cela pourra être 10% d’efficacité ! S’ajoute aussi la contrainte de pouvoir rentrer dans les champs. Mais en moyenne, c’est une technique efficace que l’on pourra réserver à certaines parcelles de l’exploitation, plus difficiles à désherber. »

Résultats Herb'innov

25 q/ha ont été obtenus en plus dans une parcelle conduite avec un faux-semis et une date de semis décalée de trois semaines par rapport à celle avec en faux-semis mais semée précocement.

Le mix solutions techniques agronomiques : une stratégie gagnante en situation d’impasse

« Ce qui compte en agronomie, c’est l’emploi et la répétition de plusieurs moyens sur une même parcelle. Néanmoins, les conditions climatiques rendent souvent difficile cette systématisation des interventions. L’expérience de l’agriculteur est décisive. »

Guillaume Chancrin
Responsable Technique Herbicides Céréales chez Bayer
Résultats Herb'innov

Les meilleurs résultats sont obtenus en combinant faux-semis, décalage de la date de semis et labour tous les trois ans.

2. L’alternance des solutions en fonction de la rotation sécurise le désherbage chimique

La rotation est un élément important à prendre en compte dans une stratégie de désherbage. L’introduction d’une culture de printemps peut être un moyen d’éviter le développement de résistance aux ALS, mais pas sans raisonnement.

L’observation régulière permet d’évaluer la flore adventice dominante et son niveau de nuisance. C’est le point d’entrée du raisonnement du désherbage.

Le programme chimique se construit en répondant à la question : quelle matière active sera efficace sur cette flore dominante et comment prévenir tout risque de résistance ?

Rotation blé – maïs

Alterner cultures d’hiver et cultures de printemps peut sécuriser le désherbage car ce ne sont généralement pas les mêmes flores que l’on va retrouver sur la parcelle en fonction de la culture. Sur Herb’innov, la situation est un peu différente : si le vulpin lève rarement dans une culture de maïs, le ray-grass oui. Alterner culture d’hiver et de printemps est donc un outil moins efficace dans ce cas et il faut veiller au grain ! Analyser son programme chimique est essentiel !

Sur la plateforme Herb’innov, la rotation blé-maïs a donc été mise à l’épreuve des programmes chimiques. Le blé a été traité avec l’ALS Atlantis Pro (HRAC B). Le maïs a reçu un passage de l’herbicide post-levée Monsoon (HRAC B). L’alternance des modes d’action (MoA) sur la rotation, blé – maïs – blé, avec un ALS chaque année était dans ce cas de faible niveau et donc le développement de résistance risqué. L’ajout d’un programme dans le traitement avec un herbicide de la famille des K3, Fosburi (HRAC K3+F1) sur blé et Chloroacétamides (HRAC K3) sur maïs, a permis de pérenniser les matières actives soumises à la résistance, en l’occurrence les ALS et de conserver un niveau d’efficacité proche de 100%. Plus le nombre de modes d’action alternatifs augmente, meilleure est l’efficacité et le rendement.

Résultats Herb'innov

97% d’efficacité est noté face à une population de ray-grass difficile après 3 ans, lorsque une matière active alternative est introduite chaque année sur chaque culture en plus des ALS contre 67% d’efficacité sur l’emploi seul des ALS.

Rotation blé – colza

La succession de cultures d’hiver peut représenter la situation la plus à risque pour développer la résistance des adventices aux herbicides puisque l’on retrouve fréquemment les mêmes flores dans les différentes cultures. Néanmoins, des modes d’actions différents sont disponibles et une stratégie de désherbage responsable associant les pratiques culturales à un raisonnement des programmes chimiques permet de contrôler ces adventices et de gérer le stock semencier. L’alternance des modes d’action des herbicides doit être la règle de base. Pour respecter cette règle, le colza permet d’introduire des modes d’action différents.

Sur chaque culture, un panel de solutions différentes existe pour alterner les familles chimiques au sein de la rotation.

« Les mauvaises herbes qui passent le cap du premier traitement devront être contrôlées par un autre traitement mais avec des solutions chimiques différentes pour ne pas qu’elles s’adaptent. C’est aussi vrai dans la rotation, les mauvaises herbes restantes en fin de cycle devront être contrôlées différemment dans la culture suivante. La probabilité de sélectionner des pieds d’adventices résistantes est faible dans ces cas diversifiés, surtout en pratiques culturales et solutions chimiques offertes par les différentes cultures. La parcelle reste propre durablement. »

Guillaume Chancrin
Responsable Technique Herbicides Céréales chez Bayer

3. La stratégie programme désherbage optimisée

Présentation de deux expérimentations probantes réalisées sur la plateforme Herb’innov.

Points communs entre les essais : plus les leviers agronomiques sont mobilisés, plus les programmes chimiques seront performants. De même, plus les programmes s’appuient sur une stratégie en deux temps - passage précoce à l’automne puis intervention en sortie d’hiver sur céréales - plus l’efficacité et le rendement seront au rendez-vous.

La parcelle en gestion désherbage responsable

La comparaison concerne, d’un côté, une parcelle conduite avec un semi simplifié puis une application chimique en sortie d’hiver uniquement et de l’autre, le cas cumulant tous les leviers agronomiques (faux-semis, labour en 2015, décalage de la date de semi) et la meilleure stratégie désherbage avec une application à l’automne et une seconde en sortie d’hiver. Entre les deux, une augmentation de 60% de l’efficacité et du rendement est observée.

Résultats Herb'innov

Réduction de 98% de la densité en ray-grass par m² sur la parcelle en gestion optimisée.

Le meilleur profil de programmes

Trois types de programmes herbicides : sortie d’hiver, un double passage à l’automne, un passage à l’automne puis un autre en sortie d’hiver ont été appliqués sur des essais conduits selon trois options de techniques culturales. Elles concernent : le semis simplifié, le faux-semis, le faux-semis associé au semis tardif. Les taux de réussite, notamment face au ray-grass, sont supérieurs à 80 % quand toutes les options agronomiques sont activées et proches de 100 % avec un programme à l’automne et en sortie d’hiver.

Résultats Herb'innov

+ 8,9 q/ha et 100% d’efficacité sur ray-grass avec un programme automne +printemps par rapport à un passage unique en sortie d’hiver dans le cadre de pratiques culturales combinant faux-semis et semis tardif.

4. Une marge favorable dans les parcelles avec une gestion responsable du désherbage

Le raisonnement agronomique et technique ne peut être complet sans évaluer la performance économique des itinéraires mis en place. Le critère retenu est le gain net sur trois ans.

Le gain net sur trois ans est la différence entre le gain supplémentaire lié à la récolte et le coût supplémentaire lié aux charges de désherbage (tous les autres postes restant fixes).

Le coût du désherbage prend en charge le prix du produit à l’hectare auquel est associé le coût du passage du pulvérisateur ainsi que celui des interventions mécaniques : labour, faux-semis, semis direct, semis conventionnel... selon des barèmes existants.

Le produit de la récolte prend en compte le rendement à l’hectare et le prix à la tonne, soit 139 €/t pour le blé et 378 €/t pour le colza.

Résultats Herb'innov

782 € sur trois ans de coûts de désherbage en programme optimisé agronomique et chimique et 3 908 € de produit de la récolte.

582 € sur trois ans de coûts de désherbage en programme simplifié et 2 148 € de produit de la récolte.

Le gain supplémentaire est de 1 512 €/ha sur trois ans dans le cas d’un itinéraire optimisé. Celui-ci est construit avec un labour en 2015, un faux-semis, un décalage de la date de semis du blé et chaque année un programme automne-sortie d’hiver avec des modes d’action diversifiés. L’itinéraire simplifié consiste en un semis direct et un désherbage avec des produits au mode d’action simplifié.

5. Herb’innov 2018 ? Plus de rotations à l’épreuve

L’année 2018 sera la dernière campagne d’essais sur ces quatre hectares sur la plateforme de Coutevroult. Les cultures de blé, maïs, betterave et pommes de terre seront présentes sur ce site.

Mais l’expérience continue avec cinq plateformes régionales pluriannuelles qui sont en cours d’implantation dans cinq régions de grandes cultures distinctes. Une bonne nouvelle pour expérimenter davantage de combinaisons de rotation, pour gérer plus de situations complexes, toujours au plus près des contraintes techniques et économiques des agriculteurs.