Le point sur les mycotoxines

Les mycotoxines sont des substances toxiques émises par les fusarioses à l’intérieur du grain. Ce sont des substances naturelles, non protéiques. Elles possèdent un faible poids moléculaire (mesure en ppb* ou ppm**), et sont résistantes aux différents procédés industriels de cuisson et de stérilisation. Les fusarioses n’ont pas toutes le même pouvoir d’émission des mycotoxines. Présentes dans le grain, elles se retrouvent ensuite dans toute la chaine alimentaire et altèrent la qualité des aliments.

Mycotoxines et alimentation animale

La présence de mycotoxines dans les grains peut avoir un impact fort sur l’alimentation animale.
En Bretagne, région d’élevage par excellence, la quasi-totalité du blé et du maïs cultivés part en alimentation animale. Or si les bovins et les volailles ne sont pas très sensibles aux mycotoxines, les porcs, en revanche, le sont fortement.

Il est prouvé que les mycotoxines perturbent la reproduction chez les truies et provoquent une baisse de l’appétence chez les porcelets. Des malformations à la naissance sont également observées. Raisons pour lesquelles, la teneur maximale en DON recommandée par l’Union européenne pour les porcs est de 900 ppb

« En Bretagne, le risque fusariose est particulièrement élevé : la rotation blé/maïs est fréquente, la pratique du non-labour se développe et surtout, nous avons fréquemment de la pluie au moment de la floraison du blé. Sur dix ans, nous comptons en moyenne trois années à fortes attaques et trois autres avec des attaques moyennes. Depuis six ans, la prise de conscience des risques est réelle, surtout chez les producteurs de porcs qui fabriquent leur aliment à la ferme. Mais l’absence de test rapide, comme il en existe pour le taux d’humidité par exemple, et la non rémunération de la qualité sanitaire ne plaident pas en faveur d’une bonne gestion des risques. »

Laurent Le Réour

Seuls certains OS fabricants d’aliments pour bétail proposent des contrats, avec un cahier des charges et une rémunération à la clé.

« Nous communiquons par ailleurs beaucoup sur le positionnement du traitement fongicide. Ce dernier doit être appliqué au début de la floraison : chaque parcelle mériterait donc une date d’intervention spécifique » , ajoute Laurent Le Réour.

Découvrez le témoignage vidéo de François-Xavier, éleveur de porcs en Bretagne pour qui la protection fusariose est une étape essentielle.

Mycotoxines et meunerie

En cas d’utilisation de grains fusariés, tous les critères de panification (force boulangère, temps de chute d’Hagberg...) sont altérés.

Incidence des mycotoxines

Mycotoxines et santé humaine

A certains taux, les mycotoxines peuvent-être néfastes pour la santé humaine.
Elles possèdent une toxicité aigüe variable, avec des effets à long terme mutagènes, tératogènes et cancérigènes. Leurs impacts, à forte dose, sont très importants sur différents organes vitaux des mammifères (foie, reins, système nerveux ou immunitaire...).

Les mycotoxines à forte dose, ont des impacts très importants sur différents organes vitaux des mammifères (foie, reins, système nerveux ou immunitaire...)

Le champignon peut être invisible mais les toxines sont présentes

Ces contaminants sont invisibles à l’œil nu et inodores.

Seule une analyse en laboratoire décèle leur présence. De plus, la détection de la fusariose au champ ne signifie pas pour autant qu’il y a fabrication de mycotoxines.

Et inversement ! L’absence visible de moisissures n’indique pas une absence de mycotoxines. Le champignon peut être invisible, les toxines restent.

À savoir

Au champ, les mycotoxines sont produites par le genre Fusarium, d’où leur second nom de fusariotoxines. Elles appartiennent à trois familles distinctes : les trichotécènes, la zéaralénone et les fumonisines.

Focus : Les trichothécènes, mycotoxines fréquentes au champ

Le déoxynivalénol ou DON est le trichotécène le plus fréquent, voire la toxine la plus répandue dans le monde. DON peut infecter toutes les céréales à paille et le maïs.

Il est principalement produit par F. graminearum et F. culmorum. La croissance du grain contaminé est alors affectée. Les porcs sont très sensibles à cette toxine. Elle cause des vomissements, une perte de l’appétit.

Les mycotoxines de stockage

Certains champignons peuvent se développer pendant le stockage. C’est le cas des Penicillium qui produisent notamment l’ochratoxine A ou des Aspergillus qui générent des aflatoxines et de l’achratoxine A. Ces mycotoxines entraînent des pertes de rendement, et altèrent la qualité physique des grains.

Deux mycotoxines sont aujourd’hui réglementées : l’aflatoxine et l’ochratoxine.

Le développement de ces moisissures est optimal :  

  • à des températures élevées
  • dans un milieu acide (pH compris entre 3 et 7)
  • à des niveaux d’humidité importants, soit dans le grain (+15 %) soit dans l’air ambiant du stockage (>à 65 %)
Conseil

Un bon nettoyage du silo, des bonnes pratiques de stockage avec une ventilation limitant la condensation évite que ces moisissures n’affectent les lots de grains.