La plateforme d’essais désherbage Herb’innov

Bayer CropScience a mis en place une plateforme d'essais désherbage, baptisée Herb'innov. Deux journées de visite ont été organisées sur le site en mai dernier.

La plateforme Herb’innov, dédiée à la gestion responsable des herbicides et conduite de 2013 à 2018, est située à Coutevroult (77) sur l’exploitation de Julien LEVESQUE :

  • Superficie de 4 ha
  • Type de sol : Limon argileux battant
  • Parcelles artificiellement drainées
  • Flore dominante : ray-grass
Une situation initialement difficile avec une forte infestation de Ray-grass

Le choix de Bayer s’est porté sur cette plateforme, caractérisée par la présence de Ray-grass en début de résistance aux herbicides du groupe HRAC B (inhibiteurs de l’ALS). En 2015, l’infestation mesurée varie entre 150 et 800 plantes/m² dans les témoins non traités.

L’objectif est de :

  • Mettre en place et partager des mesures destinées à maintenir le capital propreté des parcelles et la rentabilité des cultures mise en place.
  • Divulguer les mesures nécessaires pour préserver l’efficacité des inhibiteurs de l'ALS (HRAC B) et des herbicides en général au sein d’une rotation.

Le site d’Herb’innov s’inscrit dans la continuité des travaux menés par Bayer depuis plusieurs années sur les plateformes d’Eaux-Puiseaux (10) et de Mer (41) et les complète avec les thèmes suivants :

  • Stratégies de désherbage chimiques dans la rotation
  • Evaluation comparative de deux types de rotations (Hiver/Hiver et Hiver/Printemps)
  • Mesure de l’effet de différentes pratiques agronomiques sur le rendement et la pression adventice, comme le labour, le faux-semis, le décalage de la date de semis et en nouveauté l’impact du désherbage mécanique et du semis direct

Des résultats qui confirment l’intérêt des pratiques culturales

Les expérimentations mises en place couvrent différentes pratiques culturales, correspondant à différents types de conduite des parcelles :

  • Labour et faux-semis pour réduire le stock semencier
  • Désherbage mécanique pour accompagner le désherbage chimique en culture
  • Décalage des dates de semis et/ou semis direct pour limiter les levées d’adventice

1. Labour et faux-semis : des techniques pour réduire le stock semencier

Le principe du faux-semis est de profiter de l’inter-culture pour travailler le sol, de telle sorte qu’un maximum d’adventices lève ; et de les détruire ensuite mécaniquement ou chimiquement, avant le semis de la culture.

Le faux-semis est une pratique fortement dépendante des conditions climatiques de fin-août à début-septembre. Le potentiel de réduction ne sera pas le même si les conditions sont favorables ou défavorables à la levée des adventices. Il est intéressant de répéter la pratique 2 à 3 fois avant l’implantation de la culture. Combiné à un décalage de la date de semis, il sera d’autant plus efficace. En 2015, il a permis de détruire plus de 100 plants/m².

2. Solution complémentaire avec le désherbage mécanique

L’objectif est de venir détruire en culture des adventices avec un outil mécanique afin de favoriser l’efficacité du traitement chimique en réduisant encore la population d’adventices.

Cette technique est fortement dépendante des conditions climatiques, de l’implantation et du stade de la culture. En 2015 et 2016, nous n’avons pas pu réaliser ce passage dans le blé à la défaveur des conditions climatiques (peu de jours disponibles, sol pas assez ressuyé). Un désherbage mécanique a par contre été réalisé sur le colza à l’automne 2015.

3. Décalage de la date de semis

La majorité de la population des graminées lève avant le 15 Octobre. Le Ray-grass a tendance à lever toute l’année. Cependant, au printemps, il est en concurrence avec la culture et son développement est plus limité. Décaler d’une dizaine de jours est souvent le bon compromis même si l'idéal sera plutôt de 3 semaines.

Le décalage de la date de semis présente un intérêt fort en cas de fortes infestations car son potentiel de réduction est important. Il peut se raisonner à la parcelle, on pourra ainsi décider de ne décaler les semis que sur les parcelles à problème afin de gérer le risque climatique lié à la gestion de ce chantier sur l’exploitation.
En 2015 la réduction entrainée par le décalage de la date de 3 semaines, de début Octobre à fin Octobre est de plus de 65 %. Cela se confirme en 2016.

4. Semis direct

Le semis direct est plus souvent associé à la gestion du sol qu’au désherbage. C’est un technique qui peut être consommatrice en herbicides notamment le glyphosate car les possibilités de gestion en interculture sont fortement réduites (faux-semis, labour ne peuvent être activés). Nous avons souhaité évaluer son impact sur les levées d’adventices et sur leur gestion.
En 2015 on note une levée moins importante des adventices dans le blé en comparaison d’un semis conventionnel. Le fait de ne travailler que la ligne de semis contribue à ne pas activer les semences entre le rang. Utiliser un semoir pour le semis direct après les faux-semis peut permettre de limiter les levées d’adventices par rapport à un semis conventionnel.

Dans des situations où l’on note une présence fore d’adventices, concurrentielles de la culture, le potentiel de réduction de la pratique culturale va être directement corrélée au potentiel de rendement. Ainsi on peut voir que les meilleurs rendement sont obtenus après un labour ou un décalage de la date de semis

Raisonner la stratégie de désherbage dans la rotation

L'avantage aux programmes

Dans cette situation, en forte infestation de ray-grass en début de résistance aux ALS, les programmes (= base automne + rattrapage en sortie d’hiver) apportent les efficacités de désherbage les plus élevées :
+ 31,5 quintaux par rapport à la moyenne des traitements de sortie d’hiver et + 12,7 quintaux par rapport au "tout automne". Les applications d’automne sans rattrapage de printemps sont moins satisfaisantes. Quant aux applications de printemps (mi-mars), elles souffrent des plus mauvais résultats.

L’intérêt du désherbage précoce

Avec la même solution de désherbage on constate que le positionnement le plus précoce apporte le meilleur résultat. En intervenant sur des adventices plus jeunes, on augmente les chances de réussite du désherbage.

L’intérêt de diversifier les modes d’action

Une rotation diversifiée présente plusieurs avantages et chacune des cultures doit être évaluée par les possibilités qu’elle apporte en terme de diversification des modes d’actions et en terme de développement de l’adventice visée

  • Le maïs apporte son bénéfice de culture de printemps pour casser le cycle des adventices d’automne, c’est d’autant plus vrai pour le vulpin, moins pour le ray-grass
  • Le colza permet d’utiliser des modes d’actions alternatifs (K1, F4…) pour le contrôle du ray-grass ou du vulpin.

Le maïs et le blé sont deux cultures où l’on retrouve des ALS (HRAC B) pour le contrôle des graminées, il est important d’allier ces herbicides avec des modes d’actions alternatifs pour réduire la pression de sélection exercée sur les graminées notamment afin de pouvoir utiliser ces solutions nécessaires et efficaces sur le long terme.

Le graphique ci-dessous présente les résultats de la diversification des modes d’actions dans la rotation, ici blé/maïs/blé, rotation à risque pour la résistance aux ALS en infestation de ray-grass. On note que l’efficacité du désherbage est supérieure lorsque les ALS sont associés à des modes d’actions alternatifs sur les cultures, ici le mode d’action HRAC K3 (Flufenacet sur blé et Chloroacétamides sur maïs).

La stratégie PROGRAMME associée aux pratiques agronomiques

Une stratégie de désherbage efficace et durable doit utiliser 3 piliers :

  • Le pilier agronomie : réduire l’infestation avant la chimie, pendant l’interculture
    Effet important du labour, du décalage de la date de semis.
    Du désherbage mécanique dans le colza.
    Impact de la dynamique de levée en semis direct.
  • Le pilier chimie : désherber efficacement tout au long de la campagne
    Le programme automne puis sortie d’hiver démontre sa puissance face au tout automne et à la sortie d’hiver solo.
    Il permet aussi de rattraper un échec de désherbage.
  • Le pilier rotation : obtenir une parcelle propre durablement
    Effet bénéfique des cultures de printemps pour casser le cycle des adventices d’automne.
    Le maïs permet d’utiliser les ALS en programme et de rattraper une situation de forte infestation. 

Ci-dessous, l'illustration des résultats 2015 :

À noter

Le colza permet d’introduire de nouveaux modes d’action alternatifs pour gagner encore en efficacité et préserver davantage les modes d’action soumis à résistance.