Herbinnov Centre : contre le vulpin, multiplier et combiner les options agronomiques

L’agronomie est un élément fort de la plateforme de désherbage Herbinnov Centre installée à Roches, dans le Loir-et-Cher. Non seulement les itinéraires agronomiques classiques avec le décalage de la date de semis ou le faux semis sont expérimentés, mais d’autres stratégies, comme les plantes compagnes ou les variétés au port étalé couvrant, sont travaillées pour faire face à un vulpin difficile à maîtriser. Début janvier, les premières observations sont convaincantes. Explications...

Désherbage agronomique, chimique, travail mécanique, innovation au sein de la rotation : il n’existe pas une seule solution, mais bien un mix de leviers à actionner lorsque les graminées adventices gagnent du terrain au fil des campagnes. Pour Jean-Louis Chevrier, ingénieur technique conseil et environnement Bayer, « le plus difficile en désherbage est de choisir le bon chemin à suivre et de savoir le réajuster, en fonction des aléas ».

Bonne efficacité et sélectivité des programmes herbicides d’automne

Avec un témoin affichant plus de 450 pieds de vulpins par mètre carré dans un blé semé le 11 octobre, les premiers résultats d’efficacité des programmes de désherbage d’automne de la plateforme Herbinnov Centre sont très attendus. Car, en plus d’une flore résistante, la situation s’est complexifiée avec des conditions météo difficiles lors de l’utilisation des produits.

« À peine l’herbicide était appliqué que d’abondantes pluies s’annonçaient »
, se remémore-t-il. Malgré tout, la bonne efficacité et la bonne sélectivité des herbicides semblent au rendez-vous début janvier sur les essais sur blé tendre. « Les notations ne sont pas encore effectuées, mais nous nous attendons à de très bons résultats suite à nos premières observations au champ, poursuit Jean-Louis Chevrier. Compte-tenu du niveau d'infestation initial très important, ces interventions à l’automne seront à compléter par un passage en sortie d’hiver sur une partie de l’essai pour atteindre 100 % d’efficacité. »

Le désherbage de l’orge de printemps semée le 25 octobre avec différentes stratégies de programme a lui aussi été un succès. Même constat pour le blé dur, désherbé le 18 novembre en post-levée avec Xinia®, juste une légère phytotoxicité. « Nous ne sommes qu’au début des expérimentations, rappelle Jean-Louis Chevrier. Nous retrouvons sur ce site l’ensemble des cultures produites en région. L’objectif principal est la proximité avec nos clients et agriculteurs. »

L’agronomie pour baisser la pression des adventices

Ces essais de désherbage chimique sont soit combinés, soit comparés à différents leviers agronomiques : faux semis de blé et d’orge, décalage de la date de semis au 25 octobre pour le blé, et passages de la herse étrille derrière les semis. Les faux semis ont bien fonctionné avec peu de levées de vulpins visibles dans les témoins. Le protocole d’essai prévoyait trois passages de herse étrille avec le premier, trois jours environ après le semis. Mais, en raison des conditions pluvieuses, une seule intervention a été effectuée en post-semis.

« Nous allons poursuivre le désherbage mécanique en février, si les conditions météo le permettent. Ces techniques mettent en évidence la nécessité d’avoir plusieurs options et de pouvoir s’adapter rapidement pour garder une parcelle propre. »

Véronique Galvan
animatrice commerciale

Objectif de réduction de l’IFT Herbicides

Les techniques agronomiques ont aussi pour ambition de réduire l’IFT. L’apport du faux-semis et du labour avoisinent les 60 % d’efficacité. Parmi les pratiques expérimentées en plus cette année : l’impact de variété de blé à port couvrant sur le développement de la flore entre les rangs. Début janvier, c’est encore trop tôt pour apprécier la concurrence qui s’installe avec les vulpins. La variété KWS Drop, par son port couvrant apporte 25 % d’efficacité à date. Ce n’est pas négligeable, chaque point comptera dans le résultat final.

Le même objectif sera fixé dans les essais de maïs en jouant sur l’écartement du rang à 50 cm au lieu de 80 cm. 

« Il est possible de réduire de 30 à 40 % l’IFT herbicides et, selon les cas, aller plus loin en passant la roto-étrille ou en effectuant un binage. »

Véronique Galvan
animatrice commerciale

L’innovation : le pôle colza avec plantes compagnes

Inséré au sein de la rotation de la plateforme, l’essai colza doit permettre d’évaluer le bénéfice des plantes compagnes pour bloquer tout développement de graminées et de dicotylédones.

Deux modalités sont évaluées : une approche conventionnelle versus un semis de vesce. A date, l’impact sur les graminées ne semble pas majeur et il est difficile de tenir en bon état de forme la vesce avec les herbicides utilisés sur cette culture.

La pédagogie et le partage d’information

Bien savoir reconnaitre les adventices est le point de départ du désherbage durable. Utiliser le bon produit, à la bonne dose selon la flore visée. Un semis d’adventices a été effectué pour montrer la flore aux visiteurs. « Cette vitrine d’espèces adventices nous permet d’échanger et de partager avec les agriculteurs nos connaissances respectives », complète Jean-Louis Chevrier.

« Nous avons mis en place, aux côtés des modalités de désherbage fondées sur l’agronomie, le travail mécanique et la chimie, des itinéraires montrant nos autres innovations en grandes cultures. Il s'agit du biocontrôle en colza avec Contans® à l'automne et Rhapsody® prévu au printemps, de l’Outil d'Aide à la Décision (OAD) FieldView pour choisir et implanter au mieux les variétés de maïs en fonction des conditions pédoclimatiques et des objectifs de rendements. Rendez-vous en juin pour visiter la plateforme ! »

Jean-Louis Chevrier
Ingénieur conseil cultures et environnement

Les stratégies de programmes d'automne et de sortie d’hiver