Désherbage betteraves : « Intervenir tôt pour le premier passage »

Interview de Patrice Kerckove : ingénieur au service agronomique chez Tereos, il détaille les facteurs clés pour optimiser son désherbage betteraves.

« L’observation est capitale. Savoir adapter son programme à la flore présente et aux conditions climatiques de l’année est primordial. C’est ce qui fait la différence au final entre un agriculteur qui réussit pratiquement toujours ses désherbages et celui qui rencontre des échecs. »

Patrice Kerckove
Ingénieur au service agronomique chez Tereos

Le désherbage est un facteur clé de succès de la culture de la betterave. Quels sont les leviers qui vous paraissent intéressants à actionner pour améliorer le contrôle des adventices ?

« Nous conseillons surtout aux agriculteurs d’intervenir tôt pour le premier passage, dès que les premières mauvaises herbes sont sorties, c’est-à-dire en général lorsque 80% des betteraves sont levées. Nous leur recommandons ensuite de ré-intervenir rapidement, dans les 6 à 10 jours maximum après le premier traitement. Les autres interventions pourront être plus échelonnées, en fonction des observations dans la parcelle et des conditions météorologiques.
Il faut également bien adapter le choix des produits aux mauvaises herbes présentes, jouer sur les produits foliaires et racinaires et combiner différents modes d’action, car aucune matière active n’est efficace sur l’ensemble des adventices de la betterave.
Il est aussi très important de tenir compte des conditions météo de l’année. Si les conditions sont relativement humides, pas de soucis particuliers. Par contre, si le printemps est sec, comme cette année, il faut rapprocher les intervalles entre deux applications, adapter la dose de produits et d’huile, et augmenter la part des produits foliaires par rapport aux produits racinaires. L’observation est capitale. Savoir adapter son programme à la flore présente et aux conditions climatiques de l’année est primordial. C’est ce qui fait la différence au final entre un agriculteur qui réussit pratiquement toujours ses désherbages et celui qui rencontre des échecs.
Dernière chose, il ne faut pas arrêter trop tôt le programme. Certains lèvent le pied pensant que leur champ est propre et se font surprendre ensuite par des levées tardives de mauvaises herbes. »

Les solutions beta-technologie de Bayer permettent-elles de bien répondre à ces exigences ?

« Tout à fait. Les solutions beta-technologie apportent, à dose équivalente, un plus indéniable en termes d’efficacité. Cette supériorité se voit surtout en conditions difficiles. Elle est liée à la fois à la formulation du produit et à la présence de desmédiphame dans les spécialités de Bayer.
Dans certaines conditions, elles sont aussi un peu plus sélectives de la betterave.
Elles coûtent plus cher à l’achat et représentent un investissement que l’on peut amortir en partie en permettant de réduire légèrement la dose, ou éventuellement de supprimer un traitement dans certaines situations. Leur intérêt vient surtout de leur capacité à aller chercher les adventices un peu plus développées. En présence de mauvaises herbes trop développées, ce sont des spécialités d’un grand secours. Elles apportent aussi une assurance aux agriculteurs qui sont très occupés, qui ont beaucoup de cultures à gérer par exemple. La spécialité Betanal® MaxxPro est une réponse intéressante pour les planteurs qui ne veulent pas trop manipuler de produits. Il contient presque toutes les substances actives dont ils auront besoin. »

Quelles sont vos préconisations pour ces solutions ?

« Chez nous, les agriculteurs qui utilisent ces spécialités sont plutôt ceux qui sont à la recherche de sécurité dans leur programme de désherbage. Nous les conseillons aussi aux planteurs qui doivent faire face à une problématique particulière de désherbage, de fortes infestations ou d’adventices un peu plus développées. »

En termes d’itinéraire technique de la culture, quels sont les grands axes de progrès ou d’évolution que vous identifiez ?

« En matière de désherbage, le binage refait son apparition. Il était utilisé historiquement par les agriculteurs le plus tard possible, en finition, pour parfaire le désherbage. C’est toujours le cas aujourd’hui. Certains ont réinvesti dans une bineuse pour tenter d’économiser un traitement herbicide. Dans ce cas, le binage est plus complexe à gérer, car les conditions climatiques ne sont pas favorables au binage tous les ans. Il faut être sûr de disposer de deux ou trois jours de beau temps après le binage, pour faire disparaître les adventices. L’utilisation d’une bineuse classique sera dans ce cas combiné à un désherbage chimique sur le rang en localisé. Une pratique qui nécessite du temps. Les bineuses à moulinets permettent d’éliminer les mauvaises herbes sur le rang mais la technique reste encore délicate à utiliser. Conclusion, nous avons toujours besoin de la chimie.
Le poste herbicide représente un coût important dans le prix de revient des betteraves sucrières. »

« À une échéance de deux ou trois ans, il sera peut-être possible d’optimiser le coût du désherbage en utilisant des variétés résistantes aux herbicides de la famille des ALS, mises au point par les semenciers en collaboration avec Bayer. »

Patrice Kerckove
Ingénieur au service agronomique chez Tereos

« Si on réussit à bien contrôler le désherbage en deux passages au lieu de quatre ou parfois cinq, on peut gagner sur le plan économique. Le fait d’utiliser des variétés tolérantes va peut-être aussi apporter un petit plus en termes de sélectivité. Il sera peut-être possible d’obtenir un petit gain de rendement si les betteraves n’observent plus de coup d’arrêt au moment de l’application des traitements. Dans les autres domaines que le désherbage, nous sommes plutôt à la recherche de petits gains à tous les niveaux. La filière table surtout sur la génétique pour espérer des gains de compétitivité dans les années à venir. Nous attendons une progression régulière du rendement, mais aussi de la tolérance par exemple aux maladies, qui devrait permettre de réduire le coût des interventions fongicides. Pour passer à un palier supérieur, à un gain de rendement certain, il faudrait disposer de betteraves d’hiver semées en fin d'été ou au début de l'automne, elles disposeraient d’un potentiel plus élevé grâce à un cycle plus long. Mais il faudrait pouvoir utiliser d'autres moyens de sélection. »