Capital Propreté Parcelles étape 4 - Tour de plaine : évaluer le niveau de salissement des parcelles

Les traitements d’automne ont-ils été efficaces, le produit agit-il toujours alors que certaines plantules se maintiennent entre les rangs de blé ? Dans quelles situations prévoir une intervention en sortie d’hiver ? Les clés pour bien mener son tour de plaine… et réussir son désherbage.

« L’intérêt du tour de plaine : suivre l’évolution de ses cultures, évaluer l’efficacité des programmes de façon précoce et intervenir au bon moment pour les applications de rattrapage. »

Jean-Paul Kihm
Agriculteur en Haute-Marne

Les traitements d’automne ont-ils été efficaces ? Dans quelles situations prévoir une intervention en sortie d’hiver ?

"L’observation va devenir prioritaire. Avec tous les problèmes de blocages réglementaires, raisonner le désherbage en s’appuyant sur un programme identique pour l’ensemble des céréales n’est plus possible. Il faut remettre les pieds dans la parcelle et moduler en fonction de ce que l’on observe". Alain RODRIGUEZ, Ingénieur spécialiste en malherbologie et désherbage à l'ACTA nous présente les clés pour bien mener son tour de plaine et réussir son désherbage.

Allez voir sous le blé

Le mois de décembre est le bon moment pour regarder au ras du sol, entre les rangs de blé. Ce coup de projecteur permet d’anticiper le désherbage de rattrapage en sortie d’hiver. Dans l’étape 3 de la démarche « Capital Propreté Parcelle », le conseil portait sur la construction du programme d’automne. En cette fin d’année, l’objectif est d’estimer l’état de salissement des parcelles et le potentiel de nuisance des plantules observées. Bayer vous accompagne pour réaliser ce diagnostic avec des éléments de méthodologie pour construire un programme de rattrapage.

Allez voir sous le blé », c’est aussi évaluer le risque de pollutions diffuses. Identifier les chemins de l’eau dans chaque parcelle permet de prévoir les mesures correctives. Le point sur ces actions clés pour préserver le potentiel des cultures et la qualité de l’eau.

Contrôler la performance du programme d’automne

« Un programme d’automne donne rarement 100 % d’efficacité. Les conditions pédoclimatiques, la qualité de la préparation du sol pour le semis, la présence ou non des adventices au moment du traitement influent sur ce résultat. Même si deux interventions ont été réalisées, la surveillance des parcelles est recommandée. »

Guillaume Chancrin
Responsable Technique Herbicides Céréales chez Bayer

La pertinence d’une intervention en sortie d’hiver s’évalue étape par étape, de fin novembre à début février. Le raisonnement débute par le contrôle dans chaque parcelle de la performance du programme d’automne. Il s’appuie sur l’évaluation de la nuisibilité des adventices diagnostiquées en se projetant dans la rotation. Des indices au champ renseignent si une solution de rattrapage en sortie d’hiver est à envisager.

La situation de chaque parcelle dépend

  • de son historique désherbage : adventices récurrentes, programmes de traitement.
  • des pratiques culturales : labour ou non labour, qualité de la préparation du sol pour le semis, rotation.
  • du type de sol : par exemple, la fréquence d’apparition de la folle avoine est de 4 fois par an en sol argilo-calcaire contre 2 en limons.

Les retours d'expérience d’agriculteurs et d'experts sur le réseau social social Capital Propreté Parcelles en période de tour de plaine témoignent de la nécessité d’une surveillance des parcelles :

"L'an passé en Blé, cette butte a particulièrement souffert a cause d'un gel d'épis, puis de la sécheresse (…) Nous avons broyé la paille puis réalisé 3 déchaumages dans le but de faux-semis. Ces faux-semis se sont révélés particulièrement efficaces, grâce à cet été régulièrement pluvieux qui a permis de faire à chaque fois repousser le RG. Fin septembre, nous avons réalisé un glyphosate à 1l + adjuvant. Puis nous avons pris la décision de labourer la parcelle (…) Le labour et le semis sont réalisés 30/10, implanté en orge d'hiver TOUAREG à 220 gr/m2…" Bastien Papion, agriculteur en Loire-Atlantique

À savoir

La présence de plantules entre les rangs de blés ne signifie pas forcément que le traitement d’automne n’a pas fonctionné

Contrôler la performance du programme d’automne, c’est regarder le salissement entre les rangs de blé. La présence en début d’hiver de plantules entre les rangs de blés ne signifie pas forcément que le programme de traitement d’automne n’a pas fonctionné. Plusieurs paramètres influent sur l’expression des symptômes prouvant la dégénérescence des plantules :

  • un climat clément
  • les différents modes d’action des produits
  • la sensibilité et le stade de développement de la flore au moment du traitement jouent sur la dynamique de croissance des adventices.

Dans les « conditions normales », l’efficacité du désherbage d’automne est visible quelques semaines après les traitements. Elle est souvent concomitante à l’arrivée des premiers froids.

L’exemple avec Fosburi

Un arrêt de croissance des graminées, des feuilles ou des tiges est remarqué. Les plantules prennent une couleur violacée. Ces symptômes peuvent être confirmés par une deuxième observation espacée de quinze jours. Dans le cas des dicots, l’efficacité est souvent visible plus rapidement avec des plantes qui vont jaunir, se nécroser et disparaître. Si l’hiver n’est pas rigoureux, l’efficacité du Fosburi s’observe notamment à la reprise de végétation en janvier-février voire mars sur les graminées.

Efficacité sur gaillet et ray-grass, 16 jours après un passage avec Fosburi

« Repérez une zone témoin et comparez-la avec le reste de la parcelle. Ainsi vous visualiserez mieux l'efficacité du produit (...) Le contrôle de l'efficacité d'un programme d'automne s'effectue parcelle par parcelle. Je préconise un tour d'observations, un mois après les traitements, soit de la fin novembre à la mi-décembre. Le premier réflexe est de repérer une zone témoin non traitée. Elle peut se situer près d'un pylône électrique, au point de démarrage du pulvérisateur. Généralement, les applications d'automne contrôlent bien les dicots. Si on en trouve, elles ont des symptômes caractéristiques : blanchiments, rougissements… Pour les graminées, c'est plus insidieux. Il faut déjà se faire une idée sur le taux d'infestation du témoin et le comparer avec celui de la parcelle. Normalement cela doit frapper à l'œil. La population de graminées est moins dense entre les rangs de blé traité. On note généralement de 70 % à 90 % voire 100 % d'efficacité. Les graminées restantes apparaissent plus chétives, avec une ou deux feuilles en moins par rapport à celles du témoin. Ce signe indique que le produit agit. Par la suite, la graminée va changer de couleur puis se nécroser. Selon les produits utilisés, elle peut devenir blanche ou violette. Une période de froid accélérera également la disparition des graminées. »

Thierry Bailly
Ingénieur technique région Est

Dans quel cas prévoir un rattrapage en sortie d’hiver ?

Caractériser les parcelles avant l’entrée dans l’hiver et les classer par type de risque évite de se laisser surprendre.

Cas 1 : Pas ou très peu de plantules ont été dénombrées lors des tours de plaine. Surveillance

Le programme en sortie d’hiver sera déclenché si besoin, notamment pour gérer d'éventuelles relevées de printemps.

Cas 2 : Le niveau d’infestation est moyen, mais reste en dessous des seuils de nuisibilité. Vigilance

L’infestation est encore prononcée, principalement des graminées. Le produit n’a peut-être pas encore fini d’agir. La décision de traitement se prendra en février-mars selon l’infestation et les conditions climatique.
Action : Surveiller régulièrement la parcelle

L’hiver se révèle doux et pluvieux. La croissance des adventices n’est pas bloquée : elles peuvent coloniser les parcelles.
Action : Dès que l'état des parcelles le permet, programmer un traitement début février

La succession des cultures est à prendre en compte selon deux cas :
1. Le blé sera suivi d’une culture d’hiver. Pour éviter d’accroître le stock de graines et permettre un bon démarrage à l’automne suivant.
Action : faire une intervention en sortie d'hiver
2. Le blé sera suivi d’une culture de printemps. Si l’une des 3 adventices les plus concurrentielles des céréales (vulpin, ray-grass et gaillet) est repérée.
Action : Déclencher un traitement de rattrapage au printemps

Cas 3 : L’infestation est déjà à un niveau élevé en décembre. Actionner le programme au plus tôt

Les seuils de nuisibilité sont dépassés pour les principales graminées (vulpin, ray-grass, pâturin) et pour les dicotylédones les plus préoccupantes (gaillet, véronique, matricaire, coquelicot).Flore complexe, composée de dicotylédones et graminées, présente quel que soit le seuil de nuisibilité. L’efficacité du programme d’automne n’a pas été complète.
Action : dans ces deux cas, prévoir une intervention au plutôt dès janvier 

La rotation, un bon outil de désherbage

L’alternance des cultures perturbe le cycle des mauvaises herbes d’une parcelle en diversifiant les périodes de semis (automne, printemps). La succession de cultures permet aussi d’alterner les modes d’actions des matières actives.

Par exemple, il est possible de rechercher une maîtrise croisée : dans les blés, le désherbage peut diminuer le stock semencier des gaillets, matricaires, sanves, ravenelles, pâturins et ray-grass avant la pomme de terre suivante. Et inversement, la maîtrise des gaillets, matricaires, pâturins et ray-grass dans la pomme de terre diminue leur apparition dans le blé suivant.

Nuisibilité dans la rotation des dix adventices les plus observées en blé

Évaluer la nuisibilité des adventices observées

Lors des tours de plaine en hiver, le préjudice sur la culture s’évalue à partir du seuil de nuisibilité lié à chaque espèce recensée. Celui-ci indique le nombre de pieds au m² entraînant une perte de rendement de plus de 5%.

Ce seuil ne tient pas compte de la production de graines susceptibles de germer dans la culture suivante. Le contrôle des adventices est à hiérarchiser en fonction de la rotation. Par exemple, 25 à 30 ray-grass par m² entraînent une perte de rendement de plus de 5% mais, laisser 25 ray-grass par m² dans la parcelle, c’est potentiellement mettre dans le sol 75 000 à 250 000 graines par m² pour les cultures suivantes !

Définitions

La nuisibilité directe, correspond à la compétition engendrée par une adventice sur la culture pour accéder aux ressources eau, lumière, minéraux.


La nuisibilité indirecte correspond à l’entretien du stock semencier de la parcelle en semences d’adventice par la production de nouvelles graines issues des plantes restantes après le désherbage.

 
Seuil de nuisibilité
Nuisibilité indirecte
Vulpin 15-20/m² 1 500 à 5 000 graines
Ray-grass 25-30/m² 50 à 3 000 graines
Folle avoine 5-20/m² 500 à 2 000 graines
Pâturin annuel 100/m² 4 000 graines
Coquelicot 22/m² 50 000 à 200 000 graines
Matricaire 22/m² 30 000 à 100 000 graines
Gaillet 1,8/m² 50 à 3 000 graines
Véronique 44/m² 200 à 2 000 graines

« Chaque parcelle est raisonnée. Je suis dans ma parcelle, je la regarde et je me dis que je dois intervenir alors que dans d’autres, il n’y a pas besoin »

Pierre Gauthier
Agriculteur en Charente-Maritime

Les outils d’évaluation de la nuisibilité disponibles en applications mobiles

Pour identifier les plantules présentes, Bayer propose les outils d’aide à la décision Gram’ID ou Dicot’ID pour un diagnostic au champ. Ils permettent, en quelques minutes, de déterminer les flores graminées vivaces et dicotylédones. Pour chaque adventice, ils renseignent sur leur nuisibilité. Ils expliquent comment la nature du sol ainsi que les paramètres agronomiques et climatiques compliquent le contrôle des adventices identifiées.

Construire le programme de sortie d’hiver

« Il faut comprendre la vie d’une parcelle. L’observation et la connaissance des adventices font partie du désherbage. Les tours de plaine, j’en fais régulièrement pour voir comment évoluent les plantes. La flore identifiée une année dans une parcelle, ne sera pas forcément présente l’année suivante." »

Damien Beaujouan
Agriculteur dans le Loir-et-cher

Avis d’expert :  « La connaissance de la flore définit les meilleures combinaisons possibles de produits » Roland Beffa, expert mondial résistance Bayer

Le programme de sortie d’hiver se positionne soit en rattrapage, soit comme premier traitement si la parcelle n’est pas à risque. Les produits peuvent être utilisés à différentes doses sur vulpin, agrostis et pâturin. La dose la plus basse est recommandée dans les situations faciles, la dose maximale correspondant aux situations les plus complexes. Le tour de plaine permet de moduler entre ces deux limites. Avec un risque ray-grass ou folle avoine, la dose pleine est recommandée.

Désherbage précoce - flore graminées + dicots = Kalenkoa® ou Othello®

Kalenkoa® et Othello® s’appliquent de l’automne à la sortie d’hiver du stade 3 feuilles à fin tallage. Adaptés à un désherbage précoce, Kalenkoa® et Othello® offrent un large spectre sur graminées et dicotylédones. Ces produits sont moins dépendants des conditions climatiques grâce à leur formulation qui améliore l’étalement, l’adhérence et la pénétration des gouttelettes sur la feuille.

Kalenkoa - doses conseillées

Othello - doses conseillées