Herbinnov 2018 : favoriser la co-construction de solutions de désherbage

Le rendez-vous annuel Herbinnov 2018, dédié au désherbage en grandes cultures, s’est tenu le 31 mai 2018 à Marne-la-Vallée. Experts et agriculteurs sont intervenus tour à tour sur les problématiques croissantes d’une réglementation toujours plus restrictive et d’adventices résistantes. La 15e édition de ces rencontres a mis en avant les multiples solutions à combiner et la nécessité d’échanger pour trouver les réponses adaptées à chaque parcelle.

Plus de 220 agriculteurs, distributeurs et prescripteurs ont participé à la 15e édition d’Herbinnov le 31 mai 2018 à Marne-la-Vallée. Objectifs : faire le point sur les problématiques relatives au désherbage des grandes cultures et les solutions à mettre en place pour pérenniser la rentabilité des exploitations.

« Une co-construction est à privilégier pour trouver, pour chaque parcelle, les combinaisons à mettre en oeuvre. »

Gabriel Carn
Chef marché herbicides

« Le désherbage devient de plus en plus complexe, a relevé Gabriel Carn, Chef marché herbicides céréales chez Bayer. La réglementation se durcit et impose constamment de nouvelles restrictions. Les résistances aux herbicides progressent. » Pourtant, les solutions existent. « De nombreux leviers permettent de maintenir le capital de production. Mais la solution unique n’existe pas. Une co-construction est à privilégier pour trouver, pour chaque parcelle, les combinaisons à mettre en oeuvre », a-t-il souligné.
Raison pour laquelle Bayer développe les moyens de multiplier les échanges entre les différents acteurs intervenant sur le désherbage. C'est dans ce contexte que la plateforme d’essais pluriannuels de Coutevroult (77), opérationnelle depuis 15 ans, laissera l’an prochain la place à 5 plateformes régionales (Nord, Est, Sud/Sud-Ouest, Ouest et Centre).

Une journée riche en échanges

La matinée a permis à trois experts de présenter respectivement les enjeux liés aux résistances des adventices, à l’intérêt des cultures de printemps dans la rotation et à la question de la qualité des eaux.

Harry Strek, Directeur scientifique du Centre Bayer sur les résistances des adventices, a rappelé que les résistances aux herbicides continuent de se développer, même pour les classes de matières actives les plus anciennes. « Face aux pertes d’homologation d’herbicides, la mise en œuvre de méthodes non chimiques est plus que jamais indispensable, majeure », a-t-il insisté. D’autant qu’aucun nouveau mode d’action n’a été découvert au cours des 30 dernières années et qu’aucun n’est attendu dans un proche avenir. Chaque nouvelle tache d’adventices dans la parcelle est à contrôler avec pour objectif de minimiser dès le début le stock semencier de ces mauvaises herbes. « Les résistances ne se voient que lorsqu’il est déjà trop tard et les interventions, quelles qu’elles soient, ne permettent pas de revenir à une situation satisfaisante, a souligné l’expert. Les agriculteurs doivent être conscients que leurs pratiques influencent l’évolution de la résistance. »

« Face aux pertes d’homologation d’herbicides, la mise en œuvre de méthodes non chimiques est plus que jamais indispensable, majeure »

Harry Strek
Directeur scientifique

Pascal Boulin, Responsable technique betterave et oléo-protéagineux chez Bayer, a rappelé que la rotation constitue le principal levier agronomique pour gérer la résistance. « L’introduction d’une culture de printemps dans la rotation, en prévention ou en résistance déclarée, offre la possibilité de casser le cycle des adventices d’automne et d’introduire une diversité florale plus facile à gérer, a-t-il souligné. La culture de printemps permet également de donner accès à de nouveaux modes d’action herbicide et d’utiliser des leviers agronomiques complémentaires comme le binage, le buttage, le labour. »

« Les herbicides font l’objet d’une focalisation de la part de la réglementation et de la société »

Céline Ballesteros
Ingénieur environnement

Céline Ballesteros, ingénieur environnement Bayer, est revenue sur les enjeux de la qualité des eaux : « Les herbicides font l’objet d’une focalisation de la part de la réglementation et de la société ». Selon l’experte, les restrictions d’utilisation des produits, qui ne cessent de s’accumuler, ne sont pas toujours adaptées. « Nous travaillons à améliorer les connaissances relatives aux risques de transfert des herbicides vers le milieu aquatique pour trouver les solutions les plus pertinentes », a affirmé Céline Ballesteros. Ces risques de transfert peuvent être minimisés par une gestion du sol, des pratiques culturales et des aménagements parcellaires appropriés : « Des adaptations indispensables ».

« Nous travaillons à améliorer les connaissances relatives aux risques de transfert des herbicides vers le milieu aquatique »

Céline Ballesteros
Ingénieur environnement

Quatre agriculteurs du réseau social Capital Propreté Parcelles sont ensuite venus présenter leurs difficultés de désherbage et les moyens qu’ils mettent en œuvre pour anticiper ou gérer d’éventuelles résistances d’adventices. Cette table ronde a permis de mettre en avant la multiplicité des réponses à combiner et l’indispensable prise en compte des facteurs propres à chaque exploitation : problèmes liés à l’historique des parcelles, au climat, aux débouchés…

Enfin, l’après-midi était réservée à la visite de la plateforme Bayer de Coutevroult (77). Cette plateforme pluriannuelle et multicultures montre nettement l’impact des différentes pratiques agronomiques et des multiples programmes chimiques mis en place. Que ce soit sur blé, maïs, pomme de terre ou betterave, l’état d’enherbement des micro-parcelles dépend nettement des mesures introduites.