Capital Propreté Parcelles étape 1 - Rotation, assolement

Dernière mise à jour le 04/09/2017

Et si pour maîtriser la propreté des parcelles de céréales, la solution passait par la rotation ? Au moment des choix d’assolement de rotation, voici quelques points de repères et conseils pour faire les bons choix et préserver son capital parcellaire.

C’est bien connu, l’alternance des cultures perturbe le cycle des mauvaises herbes d’une parcelle en diversifiant les périodes de semis (automne, printemps). Mais cette succession de cultures permet aussi d’alterner les modes d’actions des matières actives.

Quels sont les grands effets de la rotation sur le désherbage ?

L’introduction de cultures de printemps diminue le stock semencier

Les adventices ont des périodes de levée préférentielles et spécifiques. C’est pourquoi elles sont plus ou moins présentes dans certaines cultures : par exemple, avec une succession de cultures d’hiver colza/blé/orge, les adventices comme les bromes, folles avoines, vulpins, gaillets, géraniums, sanves, ravenelles ou ray-grass trouvent des conditions idéales à leur développement. Leur cycle de croissance est alors calé sur celui de la culture.

Époques de levées des adventices (Source : Arvalis - Institut du végétal)

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La rotation des cultures, et plus particulièrement l’introduction de cultures de printemps, évite la montée en puissance de plusieurs générations d’adventices et amorce même leur déclin : on parle du taux annuel de décroissance. La durée entre deux générations successives d’une même adventice va devenir trop longue, d’où une diminution du stock semencier dans le sol. On évite ainsi une spécialisation de la flore au champ en diminuant la pression de sélection. L’introduction d’une culture de printemps est donc un bon compromis pour lutter contre les adventices qui lèvent à l’automne.

 

 

 

La rotation permet également d’alterner et diversifier les modes d’action herbicides

Les rotations de 3 ou 4 ans de colza/blé/orge ou colza/blé/blé/orge sont favorables au développement des vulpins, ray-grass et bromes. Ces systèmes de cultures participent aussi à l’utilisation des mêmes modes d’action herbicide, d’où des risques de développement de résistance. En système sans labour, la situation s’aggrave encore. Les résistances deviennent de plus en plus préoccupantes et conduisent dans certains cas à des situations difficiles voire des impasses de désherbage.

L’introduction d’une nouvelle culture de printemps dans la rotation permet de repenser le désherbage en introduisant d’autres familles chimiques avec des modes d’action différents. Un point essentiel pour limiter le risque de résistances. Les modes d’actions des herbicides ou de leurs molécules ont des noms scientifiques difficiles à mémoriser. Pour s’y retrouver, l’organisme international HRAC les a classés et nommés par groupe de fonctionnement identique. On retrouve ainsi les modes d’actions des ALS dans le groupe B ou les modes d’actions des ACCase classés dans le groupe A.

Prenons l’exemple d’un blé où il y a du ray-grass. L’association d’un herbicide de classe A ou B à d’autres modes d’action alternatifs (K3, F1, etc…) permet de préserver son efficacité. Ces modes d’action sont également disponibles sur d’autres cultures de la rotation (maïs, betterave, etc…). Un intérêt de plus d’introduire ces cultures de printemps pour un désherbage efficace, responsable et durable.

De la même façon, d’autres cultures d’hiver sont intéressantes à utiliser dans une rotation, à l’image du colza. Dans l’exemple du désherbage du ray-grass, cultiver du colza permet d’avoir d’autres familles chimiques à disposition (K1, O, etc…).

 

 

Modes d’action disponibles sur blé et colza contre les graminées

Les protéagineux, des atouts dans la rotation

Le pois est une bonne alternative pour casser les cycles dans les situations où les infestations en graminées sont très importantes ou lorsque des résistances aux herbicides apparaissent. Le coût du désherbage peut être réduit, surtout si la culture suivante est un blé tendre d’hiver. Deuxième avantage : le bénéfice agronomique car le pois permet souvent de réduire l’apport d’azote pour la culture suivante (et de fait, le coût de la fertilisation). Enfin le pois permet, de par ses propriétés allélopathiques* et la sécrétion d’exsudats racinaires, de lutter contre les autres adventices présents à la parcelle et donc d’assainir le champ.

*Allélopathique : Ensemble des interactions biochimiques entre deux ou plusieurs plantes. Ces composés allélochimiques jouent un rôle important dans la compétition aux ressources environnementales telles que l’eau, la lumière et les substances nutritives.

L’intérêt de la rotation des cultures pour mieux utiliser des familles chimiques est alors double :
- Multiplier les modes d’action disponibles à l’échelle de la rotation pour lutter contre l’adventice cible.
- Alterner et associer les modes d’action lors des traitements herbicides, au sein de la campagne et entre les campagnes.

En pratique, comment faire ?

Deux cas sont possibles :

• Soit la parcelle est propre et il faut adopter une stratégie d’entretien du Capital Propreté Parcelles dans le cadre d’une rotation «type» sur l’exploitation.

• Soit la parcelle est sale et il est nécessaire d’analyser précisément votre situation, seul ou accompagné d’un expert technique.

Première action : déterminer le Capital Propreté de la Parcelle

Tout d’abord, il est important de bien identifier l’adventice problématique de la rotation et son niveau d’infestation. Les solutions à mettre en œuvre dépendent de la nature de l’adventice.

Autre certitude : plus le niveau d’infestation est élevé, plus il est urgent d’utiliser la rotation comme levier agronomique pour un désherbage réussi et responsable. Un manque de maîtrise des adventices peut causer jusqu’à 24 q/ha de perte sèche sur blé (source Arvalis 15 essais).

Deuxième action : connaitre les adventices présentes et leur niveau d’infestation

En cas de doute sur l’identification d’une adventice, les applications Gram ID et Dicot ID peuvent vous aider. Elles sont disponibles sur Google Play et Apple Store pour Androïd et Iphone. En quelques minutes et questions, ces applis vous aident à déterminer les flores graminées vivaces et dicotylédones présentes dans les parcelles, indiquent leur nuisibilité adventice par adventice et donnent l’impact que les types de sols ou d’autres paramètres locaux peuvent avoir sur la difficulté à contrôler les adventices identifiées.

 

Et pour bien estimer la nuisibilité potentielle d’une adventice, la mini-flore Bayer est un outil pratique. Les périodes de germination, le potentiel de graines et le niveau de nuisibilité sont indiqués adventice par adventice.

Niveau de nuisibilité du ray-grass et du vulpin

Troisième action : savoir quelle culture permet de lutter contre quelle adventice

Les adventices trouvent des conditions idéales à leur développement selon la culture implantée car leur cycle de croissance est calé sur celui de la culture. A l’inverse, certaines cultures leur sont défavorables. Petit tableau pour s’y retrouver et choisir la bonne culture contre les adventices les plus courantes.

Quelles cultures pour lutter contre quelle adventice ?

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Quatrième action : déterminer la bonne rotation pour casser le cycle des adventices

En pratique, la rotation doit être :

- longue, pour lutter contre les adventices, mais aussi contre les maladies et les ravageurs,

- diversifiée en termes de familles botaniques et de date de semis. Une rotation type à mettre en place pour une exploitation céréalière pourrait être :

• Année 1 : Une culture d’automne de type colza, qui est une tête d’assolement nettoyante.

• Année 2 : Une céréale d’hiver type orge d’hiver, qui est une culture étouffante.

• Année 3 : Une culture semée au printemps type maïs, tournesol, soja, betterave sucrière, pomme de terre.

• Année 4 : Une céréale d’hiver.

• Année 5 : Une culture semée en sortie d’hiver : protéagineux, betterave, orge.

Bien sûr, il faut s’adapter :

- au(x) précédent(s) et éviter la fréquence de certaines cultures,

- à la qualité de la terre,

- aux perspectives économiques

Des résultats concrets sur des essais pluriannuels

L’introduction d’une culture de printemps comme le maïs peut réduire de moitié le nombre de graminées dans le blé suivant le maïs. La culture de blé faisant suite à l’introduction du maïs se trouve « nettoyée » par comparaison à un précédent colza. Les rotations longues (+ de 3 ans) alternant cultures de printemps et d’hiver sont les meilleurs compromis.

Exemple des essais mis en oeuvre

La rotation pour une meilleure rentabilité économique

Outre son utilisation dans le cadre de la maitrise des adventices, la rotation peut potentiellement apporter des avantages économiques en permettant de :
 - S’ouvrir à d’autres filières et à d’autres débouchés intéressants.
 - Lisser les revenus sur le long terme et mieux s’en sortir en cas de crise d’une production en particulier. En effet, le poids relatif de chaque culture sera plus équilibré.
 - Lutter efficacement contre les maladies et ravageurs des cultures, en plus du désherbage, et donc de réaliser une conduite de lutte globale.
 - Apporter de la biodiversité dans l’assolement à l’échelle de l’exploitation.

La rotation des cultures, un levier agronomique à la base d’un désherbage réussi et responsable.

Pour en savoir plus sur cette thématique contactez Bayer Service Infos

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